A M. LE COMTE DE ROGHEFORT
Ferney, 4 mars 1771.
Mon cher lieutenant de la garde prétorienne, je viens de lire la meilleure pièce qu'on ait faite depuis bien longtemps, pour le fond, pour la conduite et pour le style. Je ne sais pas si elle réussit à Paris comme en province; mais je sais qu'elle est excellente, et que c'est ainsi qu'il faut écrire en prose. La pièce, à la vérité, est en six actes ^ ; mais ces six actes sont très-bien distribués, et chacun d'eux doit faire un très-bon eiïet. Il me parait que l'auteur a deux choses nécessaires et rares, du génie et de l'esprit. Si, par hasard, vous le voyez à Versailles, je vous supplie de lui dire que j'admire son plan, et que je suis enchanté de son style. Cet ouvrage doit aller à l'immortalité. Rien n'est si beau que la justice gratuite, rien n'est si consolant que de n'être pas obligé d'aller se ruiner à cent lieues de chez soi; c'est le plus grand service rendu à la nation.
Comment se porte M"** Dixneuf ans? ferez-vous un petit tour cette année dans le Vivarais? aurons-nous le bonheur de vous posséder?
M""" Denis vous fait mille compliments. lie pauvre vieux malade vous embrasse comme il peut, car il n'en peut plus.
A M. LE MARQUIS DE FLORIAN
1" avril 177 L
J*ai été pendant un mois accablé de souffrances, mon cher grand écuyer de Cyrus ; j'ai eu la goutte , j'ai été accablé de fluxions sur les yeux, j'ai été aveugle, j'ai été mort, et le vent du nord poursuit encore ma cendre.