A UN JOURNALISTE
SUR LA PHILOSOPHIE, l'hISTOIRE, LE THÉÂTRE, LES PIÈCES DE POÉSIE,
LES MÉLANGES DE LITTÉRATURE, LES ANECDOTES LITTÉRAIRES, LES LANGUES ET LE STYLE.
L*ouvrage périodique auquel vous avez dessein de travailler , monsieur, peut très-bien réussir, quoiqu'il y en ait déjà trop de cette espèce. Vous me demandez comment il faut s'y prendre pour qu'un tel journal plaise à notre siècle et à la postérité. Je vous répondrai en deux mots : soyez impartial. Vous avez la science et le goût ; si avec cela vous êtes juste, je vous prédis un succès durable. Notre nation aime tous les genres de littérature, depuis les mathématiques jusqu'à l'épigramme. Aucun des journaux ne parle communément de la partie la plus brillante des belleslettres, qui sont les pièces de théâtre, ni de tant de jolis ouvrages de poésie, qui soutiennent tous les jours le caractère aimable de notre nation. Tout peut entrer dans votre espèce de journal, jusqu'à une chanson qui sera bien faite ; rien n'est à dédaigner. La Grèce , qui se vante d'avoir fait naître Platon, se glorifie encore d'Anacréon, et Cicéron ne fait point oublier Catulle.
Sur la philosophie. — Vous savez assez de géométrie et de physique pour rendre un compte exact des livres de ce genre, et vous avez assez d'esprit pour en parler avec cet art qui leur ôte leurs épines , sans les charger de fleurs qui ne leur conviennent pas.
Je vous conseillerais surtout, quand vous ferez des extraits de philosophie, d'exposer d'abord au lecteur une espèce d'abrégé historique des opinions qu'on propose, ou des vérités qu'on établit.
Par exemple, s'agit-il de l'opinion du vide y dites en deux mots comment Épicure croyait le prouver; montrez comment Gassendi l'a rendu plus vraisemblable; exposez les degrés infinis de probabilité que Newton a ajoutés enfln à cette opinion par ses raisonnements , par ses observations et par ses calculs.
S'agit-il d'un ouvrage sur la nature de l'air, il est bon de montrer
d'abord qu'Aristote et tous les philosophes ont connu sa pesanteur, mais non son degré de pesanteur. Beaucoup d'ignorants qui voudraient au moins savoir l'histoire des sciences, les gens du monde, les jeunes étudiants verront avec avidité par quelle raison et par quelles expériences le grand Galilée combattit le premier l'erreur d'Aristote au sujet de Vair; avec quel art Torricelli le pesa, ainsi qu'on pèse un poids dans une balance ; comment on connut son ressort, comment enfin les admh^bles expériences de MM. Haies et Boerhaave ont découvert des effets de Y air qu'on est presque forcé d'attribuer à des propriétés de la matière inconnues jusqu'à nos jours.
Paraît-il un livre hérissé de calculs et de problèmes sur la lumiérey quel plaisir ne faites-vous pas au public de lui montrer les faibles idées que l'éloquente et ignorante Grèce avait de la réfraction; ce qu'en dit l'Arabe Alhazen , le seul géomètre de son temps ; ce que devine Antonio de Dominis ; ce que Descartes met habilement et géométriquement en usage, quoique en se trompant; ce que découvre ce Grimaldi *, qui a trop peu vécu ; enfin ce que Newton pousse jusqu'aux vérités les plus déliées et les plus hardies auxquelles l'esprit humain puisse atteindre ; vérités qui nous font voir un nouveau monde, mais qui laissent encore un nuage derrière elles.
Composera-t-on quelque ouvrage sur la gravitation des astres, sur cette admirable partie des démonstrations de Newton? ne vous aura-t-on pas obligation, si vous rendez l'histoire de cette gravitation des astres, depuis Copernic qui l'entrevit, depuis Kepler qui osa l'annoncer comme par instinct, jusqu'à Newton qui a démontré à la terre étonnée qu'elle pèse sur le soleil, et le soleil sur elle?
Rapportez à Descartes et à Harriot Tart d'appliquer l'algèbre à la mesure des courbes, le calcul intégral et différentiel à Newton, et ensuite à Leibnitz. Nommez dans l'occasion les inventeurs de toutes les découvertes nouvelles. Que votre ouvrage soit un registre fidèle de la gloire des grands hommes.
Surtout en exposant des opinions, en les appuyant, en les combattant, évitez les paroles injurieuses qui irritent un auteur, et souvent
1. Autour de Physico matesis de lumine, coloribus et iride, aliisque annexis, U mourut à rage de claquante ans, en 16C3. (G. A.)
toute une nation, sans éclairer personne. Point d'animosité, point d'ironie. Qiie diriez-vous d'un avocat général qui, en résumant tout un procès, outragerait par des mots piquants la partie qu'il condamne ? Le rôle d'un journaliste n'est pas si respectable; mais son devoir est à peu près le même. Vous ne croyez point l'harmonie préétablie , faudra-t-il pour cela décrier Leibnitz? Insulterez-vous à Locke, parce qu'il croit Dieu assez puissant pour pouvoir donner, s'il le veut, la pensée à la matière? Ne croyez-vous pas que Dieu qui a tout créé peut rendre cette matière et ce don de penser éternels? que s'il a créé nos âmes, il peut encore créer des millions d'être différents de la matière et de l'âme ? qu'ainsi le sentiment de Locke est respectueux pour la Divinité, sans être dangereux pour les hommes? Si Bayle, qui savait beaucoup, a beaucoup douté, songez qu'il n'a jamais douté de la nécessité d'être honnête homme. Soyez-le donc avec lui , et n'imitez point ces petits esprits qui outragent par d'indignes injures un illustre mort qu'ils n'auraient osé attaquer pendant sa vie.
Sur r histoire. — Ce que les journalistes aiment peut-être le mieux à traiter, ce sont les morceaux d'histoire; c'est là ce qui est le plus à la portée de tous les hommes, et le plus de leur goût. Ce n'est pas que dans le fond on ne soit aussi curieux pour le moins de connaître la nature, que de savoir ce qu'a fait Sésostris ou Bacchus ; mais il en coûte de l'application pour examiner, par exemple , par quelle machine on pourrait fournir beaucoup d'eau à la ville de Paris, ce qui nous importe pourtant assez ; et on n'a qu'à ouvrir les yeux pour lire les anciens contes qui nous sont transmis sous le nom d! histoires^ lesquelles on nous répète tous les jours, et qui ne nous importent guère.
Si vous rendez compte de l'histoire ancienne, proscrivez, je vous en conjure, toutes ces déclamations contre certains conquérants. Laissez Juvénal et Boileau donner, du fond de leur cabinet, des ridicules à Alexandre, qu'ils eussent fatigué d'encens s'ils eussent vécu sous lui; qu'ils appellent Alexandre insensé ; vous, philosophe impartial, regardez dans Alexandre ce capitaine général de la Grèce, semblable à peu près à un Scanderbeg, à un Huniade, chargé comme eux de venger son pays ; mais plus heureux, plus grand, plus poli et plus magnifique. Ne le faites pas voir seulement subjuguant tout l'empire de l'ennemi des Grecs,
et portant ses conquêtes jusqu'à Tlnde, où s'étendait la domination de Darius; mais représentez~le donnant des lois au milieu de la guerre, formant des colonies, établissant le commerce, fondant Alexandrie et Scanderon S qui sont aujourd'hui le centre du négoce de l'Orient. C'est par là surtout qu'il faut considérer les rois ; et c'est ce qu'on néglige. Quel bon citoyen n'aimera pas mieux qu'on l'entretienne des villes et des ports que César a bâtis, du calendrier qu'il a réformé, etc., que des hommes qu'il a fait égorger?
Inspirez surtout aux jeunes gens plus de goût pour l'histoire des temps récents, qui est pour nous de nécessité, que pour l'ancienne, qui n'est que de curiosité; qu'ils songent que la moderne a l'avantage d'être plus certaine, par cela même qu'elle est moderne.
Je voudrais surtout que vous recommandassiez de commencer sérieusement l'étude de l'histoire au siècle qui précède immédiatement Charles-Quint, Léon X, François !«'. C'est là qu'il se fait dans l'esprit humain, comme dans notre monde, une révolution qui a tout changé.
Le beau siècle de Louis XIV achève de perfectionner ce que Léon X, tous les Médicis, Charles-Quint, François 1" avaient commencé. Je travaille depuis longtemps à l'histoire de ce dernier siècle, qui doit être l'exemple des siècles à venir. J'essaye de faire voir le progrès de l'esprit humain et de tous les arts, sous Louis XIV. Puissé-je, avant de mourir, laisser ce monument à la gloire de ma nation 1 J'ai bien des matériaux pour élever cet édifice. Je ne manque point de mémoires sur les avantages que le grand Colbert a procurés et voulait faire à la nation et au monde; sur la vigilance infatigable, sur la prévoyance d'un ministre de la guerre, né pour être le ministre d'un conquérant ; sur les révolutions arrivées dans l'Europe ; sur la vie privée de Louis XIV, qui a été dans son domestique l'exemple des hommes, comme il a été quelquefois celui des rois. J'ai des mémoires sur des fautes inséparables de l'humanité, dont je n*aime à parler que parce qu'elles font valoir les vertus; et j'applique déjà à Louis XIV ce beau mot de Henri IV, qui disait à l'ambassadeur don Pèdre : « Quoi donc I votre maître n a-t-il pas assez de vertus pour avoir des défauts? » Mais j'ai peur de n avoir ni le temps ni la force de conduire ce grand ouvrage à sa fini
I. Skondcroan est TAlexandrie de Syrie, à 110 kilomètres d'Alep, à laquelle elle sert de port. (G. A.)
Je vous prierai bien de faire sentir que si nos histoires modernes écrites par des contemporains sont plus certaines en général que toutes les histoires anciennes, elles sont quelquefois plus douteuses dans les détails. Je m'explique. Les hommes diffèrent entre eux d'état, de parti, de religion. Le guerrier, le magistrat, le janséniste, le moliniste , ne voient point les mêmes faits avec les mêmes yeux ; c'est le vice de tous les temps. Un Carthaginois n'eût point écrit les guerres Puniques dans Tesprit d'un Romain, et il eût reproché à Rome la mauvaise foi dont Rome accusait Carthage. Nous n'avons guère d'historiens anciens qui aient écrit les uns contre les autres sur le même événement : ils auraient répandu le doute sur des choses que nous prenons aujourd'hui pour incontestables. Quelque peu vraisemblables qu'elles soient , nous les respectons pour deux raisons : parce qu'elles sont anciennes, et parce qu'elles n'ont point été contredites.
Nous autres historiens contemporains, nous sommes dans un cas bien différent ; il nous arrive souvent la même chose qu'aux puissances qui sont en guerre. On a fait à Vienne, à Londres, à Versailles, des feux de joie pour des batailles que personne n'avait gagnées : chaque parti chante victoire, chacun a raison de son côté. Voyez que de contradictions sur Marie Stuart, sur les guerres civiles d'Angleterre, sur les troubles de Hongrie, sur l'établissement de la religion protestante, sur le concile de Trente. Parlez de la révocation de l'édit de Nantes à un bourgmestre hollandais, c'est une tyrannie imprudente : consultez un ministre de la cour de France, c'est une politique sage. Que dis-je ! la môme nation, au bout de vingt ans, n'a plus les mêmes idées qu'elle avait sur le même événement et sur la même personne ; j'en ai été témoin au sujet du feu roi Louis XIV. Mais quelles contradictions n'aurai-je pas à essuyer sur l'histoire de Charles XII I J'ai écrit sa vie singulière sur les mémoires de M. de Fabrice, qui a été huit ans son favori ; sur les lettres de M. de Fierville, envoyé de France auprès de lui ; sur celles de M. de Villongue, longtemps colonel à son service ; sur celles de M. de Poniatowski. J'ai consulté M. de Croissi, ambassadeur de France auprès de ce prince, etc. J'apprends à présent que M. Norberg, chapelain de Charles XH, écrit une histoire de son règne. Je suis sûr que le chapelain aura souvent vu les mêmes choses avec d'autres yeux que le favori de l'ambassadeur. Quel parti prendre en ce cas ? celui de me corriger sur-le-champ dans
les choses où ce nouvel historien aura évidemment raison, et de laisser les autres au jugement des lecteurs désintéressés. Que suis-je en tout cela? je ne suis qu'un peintre qui cherche à représenter d'un pinceau faible, mais vrai, les hommes tels qu'ils ont été. Tout m'est indifférent de Charles XII et de Pierre le Grand, excepté le bien que le dernier a pu faire aux hommes. Je n'ai aucun sujet de les flatter ni d'en médire. Je les traiterai comme Louis XIV, avec le respect qu'on doit aux têtes couronnées qui viennent de mourir, et avec le respect qu'on doit à la vérité, qui ne momxa jamais.
Sur la comédie, — Venons aux belles-lettres, qui feront un des principaux articles de votre journal. Vous comptez parler beaucoup des pièces de théâtre. Ce projet est d'autant plus raisonnable, que le théâtre est plus épuré parmi nous, et qu'il est devenu une école de mœurs. Vous vous garderez bien sans doute de suivre l'exemple de quelques écrivains périodiques, qui cherchent à rabaisser tous leurs contemporains et à décourager les arts, dont un bon journaliste doit être le soutien. Il est juste de donner la préférence à Molière sur les comiques de tous les temps et de tous les pays ; mais ne donnez point d'exclusion. Imitez les sages Italiens, qui placent Raphaël au premier rang, mais qui admirent les Paul Véronèse, les Carrache, les Corrége, les Doniiniquin, etc. Molière est le premier; mais il serait injuste et ridicule de ne pas mettre le Joueur à côté de ses meilleures pièces. Refuser son estime aux Mânechmes^ ne pas s'amuser beaucoup au Légataire universel^ serait d'un homme sans justice et sans goût; et qui ne se plaît pas à Regnard n'est pas digne d'admirer Molière.
Osez avouer avec courage que beaucoup de nos petites pièces, comme le Grondeur ^ le Galant Jardinier^ la Pupille^ le Double Veuvage^ Y Esprit de contradiction , la Coquette de village, le Florentin, etc. S sont au-dessus de la plupart des petites pièces de Molière ; je dis audessus pour la finesse des caractères, pour l'esprit dont la plupart sont assaisonnées, et même pour la bonne plaisanterie.
Je ne prétends point ici entrer dans le détail de tant de pièces nouvelles, ni déplaire à beaucoup de monde par des louanges données à peu d'écrivains, qui peut-être n'en seraient pas satisfaits; mais je dirai hardiment : Quand on donnera des ouvrages pleins de mœurs, et où l'on
1. Pièces de Brueys et Palaprat, Dancourt, Fagan, Dafre^ny, La Fontaine. (G. A.)
trouve de Tintérêt, comme le Préjugé à la mode} quand les Français seront assez heureux pour qu'on leur donne une pièce telle que le Glorieux^ gardez-vous bien de vouloir rabaisser leur succès, sous prétexte que ce ne sont pas des comédies dans le goût de Molière; évitez ce malheureux entêtement, qui ne prend sa source que dans l'envie ; ne cherchez point à proscrire les scènes attendrissantes qui se trouvent dans ces ouvrages : car lorsqu'une comédie, outre le mérite qui lui est propre, a encore celui d'intéresser, il faut être de bien mauvaise humeur pour se fâcher qu'on donne au public un plaisir de plus.
J'ose dire que si les pièces excellentes de Molière étaient un peu plus intéressantes, on verrait plus de monde à leurs représentations ; le Misanthrope serait aussi suivi qu'il est estimé. 11 ne faut pas que la comédie dégénère en tragédie bourgeoise : l'art d'étendre ses limites, sans les confondre avec celles de la tragédie, est un grand art, qu'il serait beau d'encourager, et honteux de vouloir détruire. C'en est un que de savoir bien rendre compte d'une pièce de théâtre. J'ai toujours reconnu l'esprit des jeunes gens au détail qu'ils faisaient d'une pièce nouvelle qu'ils venaient d'entendre ; et j'ai remarqué que tous ceux qui s'en acquittaient le mieux ont été ceux qui depuis ont acquis le plus de réputation dans leurs emplois; tant il est vrai qu'au fond l'esprit des affaires et le véritable esprit des belles-lettres est le même !
Exposer en termes clairs et élégants un sujet qui quelquefois est embrouillé, et, sans s'attacher à la division des actes, éclaircir l'intrigue et le dénoûment, les raconter comme une histoire intéressante, peindre d'un trait les caractères, dire ensuite ce qui a paru plus ou moins vraisemblable, bien ou mal préparé, retenir les vers les plus heureux, bien saisir le mérite ou le vice général du style ; c'est ce que j'ai vu fîure quelquefois, mais ce qui est fort rare chez les gens de lettres même qui s'en font une étude : car il est plus facile à certains esprits de suivre leurs propres idées que de rendre compte de celles des autres.
De la tragédie. — Je dirai à peu près de la tragédie ce que j'ai dit de la comédie. Vous savez quel honneur ce bel art a fait à la France : art d'autant plus difficile, et d'autant plus au-dessus de la comédie, qu'il faut être vraiment poëte pour faire une belle tragédie, au lieu que la comédie demande seulement quelque talent pour les vers.
53i LETTRES CHOISIES DE VOLTAIRE.
Vous, monsieur, qui entendez si bien Sophocle et Euripide, ne cherchez point une vaine récompense du travail qu'il vous en a coûté • pour les entendre, dans le malheureux plaisir de les préférer, contre votre sentiment, à nos grands auteurs français. Souvenez-vous que, quand je vous ai défié de me montrer, dans les tragiques de l'antiquité, des morceaux comparables à certains traits des pièces de Pierre Corneille, je dis de ses moins bonnes, vous avouâtes que c'était une chose impossible. Ces traits dont je parle étaient, par exemple, ces vers de la tragédie de Nicomvde, Je veux, dit Pinisias * :
J'y veux mettre d'accord l'amour et la nature , Être père et mari dans celte conjoncture.
MCOMÈDE.
Seigneur, voulez-vous bien vous en fier à moi ? Ne sovez l'un ni l'autre.
PBUSIAS.
Eh ! que dois-je être?
MCOMÈDE.
Roi.
Reprenez hautement ce noble caractère.
Un véritable roi n'est ni mari ni j^ère :
n regarde son trône, et rien de plus. Régnez.
Rome vous craindra plus que vous ne la craignez.
Vous n'inférerez point que les dernières pièces de ce père du théâtre soient bonnes, parce qu'il s'y trouve de si beaux éclairs : avouez leur extrême faiblesse avec tout le public.
Agésilas et Suréna ne peuvent rien diminuer de Thonneurque Cùma et Polyeucte font à la France. M. de FonLenelle, neveu du grand Corneille, dit , dans la Vie de son oncle, que si le proverbe Cela est beau comme le Cid passa trop tôt, il faut s'en prendre aux auteurs qui avaient intérêt à l'abolir. Non, les auteurs ne pouvaient pas plus causer la chute du proverbe que celle du Cid : c'est Corneille lui-même qui le détruisit; c'est à Cinna qu'il faut s'en prendre. Ne dites point, avec l'abbé de Saint-Pierre , que dans cinquante ans on ne jouera plus les pièces de Racine. Je plains nos enfants s'ils ne goûtent pas ces chefs-d'œuvre d'élégance. Comment leur cœur sera-t-il donc fait, si Racine ne les intéresse pas?