U 31 mai
pour ceux qui citent au hasard. Il déterra les lettres originales, écrites de la main de Jean-Jacques, du 9 et du 13 d'auguste 17A3, à H. du Theil, premier commis des affaires étrangères, alors son protecteur. On y voit ces propres paroles :
« J'ai été deux ans )e domestique de H. le comte de Montaigu (( (ambassadeur à Venise)... J'ai mangé son pain... : il m'a chassé hon- <( teusement de sa maison...; il m'a menacé de me faire jeter par la (( fenêtre... et de pis, si je restais plus longtemps dans Venise..., etc.»
Voilà un secrétaire d'ambassade assez peu respecté, et la fierté d'une grande âme peu ménagée. Je lui conseille de faire graver au bas de sa statue les paroles de l'ambassadeur au secrétaire d'ambassade.
Vous voyez, monsieur, que ce pauvre homme n'a jamais pu se maintenir sous aucun maître, ni se conserver aucun ami, attendu qu'il est contre la dignité de son être d'avoir un maître, et que l'amitié est une faiblesse dont un sage doit repousser les atteintes.
Vous dites qu'il fait l'histoire de sa vie; elle a été trop utile au monde, et remplie de trop grands événements, pour qu'il ne rende pas à la postérité le seiTice de la publier. Son goût pour la vérité ne lui permettra pas de déguiser la moindre de ces anecdotes, pour servir à l'éducation des princes qui voudront être menuisiers comme Emile.
A dire vrai, monsieur, toutes ces petites misères ne méritent pas qu'on s'en occupe deux minutes; tout cela tombe bientôt dans un éternel oubli.
Dans ce torrent immense qui nous emporte et qui nous engloutit tous, qu'y a-t-il à faire? Tenons-nous-en au conseil que M. Horace Walpole donne à Jean-Jacques, d'être sage et heureux. Vous êtes l'un, mon* sieur, et vous méritez d'être l'autre, etc., etc.