‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 229 sur 246 · A M. LE BARON D ESPAGNAC · texte numérisé non relu

A M. LE BARON D ESPAGNAC

A Ferney, 9 mai 1777.

Monsieur, ces jours passés je rencontrai Eustache Prévôt, dit La Flamme^ l'un des invalides que vous avez eu la bonté de me donner. Il me dit qu'il était presque aveugle ; je lui répondis que je ne voyais pas trop clair. Il ajouta qu'il était très-malade ; je lui répliquai que j'étais tombé en apoplexie il y a près de deux mois, comme cela n'est que trop vrai. 11 m'avoua, en soupirant, qu'il était cassé de vieillesse; je lui fis confidence que j'avais quatre-vingt-trois ans. Enfin il me conjura d'obtenir de vous que vous daignassiez l'admettre parmi les invalides de votre Hôtel.

Il me protesta qu'il voulait avoir la consolation de mourir sous vos lois et sous vos yeux. Je vous demanderai la même grâce pour moi ; mais il faut donner la préférence à un vieux soldat qui a essuyé plus de coups de fusil que je n'en ai jamais tiré à des lapins.

Permettez donc que je vous présente ma requête pour La Flamme^ qui me parait en effet un peu éteinte. Ajoutez cette grâce à toutes celles dont vous m'avez honoré, et soyez persuadé du respect, de l'attachement et de la profonde estime avec laquelle j'ai l'honneur d'être, monsieur, votre, etc.

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