Auteur du Cuisinier français
pas. On dit qu'il faut actuellement des entrées recherchées et des nouveautés dont on n'aurait pas mangé autrefois. Il semble que je suis du l)on vieux temps , et que la nouvelle cuisine n'est point faite pour moi. J'ai bien la mine d'être obligé de prendre congé de la compagnie avant d'être en état de vous consulter. Cependant vous m'avouerez que ce serait une chose assez plaisante , si ma petite fête pouvait un jour réussir, et si même j'étais assez heureux pour venir quelque jour, dans un petit coin , vous faire toutes mes confidences. C'est une idée que je roule souvent dans ma tête, et qui me console :
Et cette illusion pour quelque temps répare Le défaut des vrais biens que la nature avare N'a pas accordés aux bumains.
Il faut que je vous confie mes scrupules sur les IncaSy que mon confrère de l'Académie et en historiographerie m*a fait parvenir. J'espénds que ces Incas m'amuseraient beaucoup dans ma convalescence; je vous avoue que j'ai été bien trompé. Il y a des sujets auxquels il ne faut rien changer. Le grand intérêt est dans le simple récit. Celui qui ajouterait des fictions aux batailles d'Arbelles et de Pharsale glacerait le lecteur, au lieu de l'échauffer. Personne ne m'a parlé des Incas^ excepté l'auteur. J'ai été étonné de ce silence, après le bruit qu'avait fait l'ouvrage. Serait-il arrivé la même chose aux Mânes de Louis XV? Ce titre un peu fastueux ne promet-il pas trop ? et ne peut-il pas se faire que l'encens qu'il prodigue à tout le monde n'ait plu à personne ? Cependant le style en est noble, et ne ressemble point au style insupportable qui règne aujourd'hui. L'auteur parait réunir l'éloquence à la philosophie et à beaucoup de connaissances. Je vous aurai bien de l'obligation, mon divin ange, si vous voulez bien m' apprendre comment ces deux ouvrages réussissent à Paris. Il me parait que ce sont deux pièces dont la scène est l'univers entier. Pour moi, qui suis obligé de quitter le théâtre, je vous demande votre avis du fond d'une loge grillée. Que ne puîs-je en effet, avant de mourir, me cacher derrière vous, dans quelque loge, et entendre notre ami Le Kain ! Faut-il que je sois séparé de vous pour jamais! c'est une privation que je ne puis supporter. J'ai bien des chagrins, mais celui d'être si loin de vous m'est assurément le plus sensible. Je baise le bout de vos ailes de ma bouche pâle et mourante.