AUX AUTEURS DU NOUVELLISTE DU PARNASSE
Messieurs,
On m'a fait tenir à la campagne où je suis S près de Kenterbury, depuis quatre mois, les lettres que vous publiez avec succès en France depuis environ ce temps. J*ai vu dans votre dix-huitième lettre des plaintes injurieuses que Ton vous adresse contre moi, sur lesquelles il est juste que j'aie Thorineur de vous écrire, moins pour ma propre justification que pour l'intérêt de la vérité.
Un ami ou peut-être un parent de feu M. de Campistron me fait des reproches pleins d*amertume et de dureté de ce que j'ai, dit-il, insulté à la mémoire de cet illustre écrivain, dans une brochure de ma façon, et que je me suis servi de ces termes indécents : le pauvre Campistron. Il aurait raison, sans doute, de me faire ce reproche, et vous, messieurs, de l'imprimer, si j'avais en effet été coupable d'une grossièreté si éloignée de mes mœurs. C'est pour moi une surprise également vive et douloureuse de vo'u* que l'on m'impute de pareilles sottises. Je ne sais ce que c'est que cette brochure*, je n'en ai jamais entendu parler. Je n'ai fait aucune brochure en ma vie : si jamais homme devait être à l'abri d'une pareille accusation, j'ose dire que c'était moi, messieurs.
Depuis l'âge de seize ans, où quelques vers un peu satiriques, et par conséquent très-condamnables, avaient échappé à l'imprudence de mon âge et au ressentiment d'une injustice, je me suis imposé la loi de ne jamais tomber dans ce détestable genre d'écrire. Je passe mes jours dans des souffrances continuelles de corps qui m'accablent, et dans
i. Cette lettre est supposée écrite d* Angleterre.