TRÉSORIER DU CHAPITRE DE SAINT-MERRI, A PARIS
Cirey, 21 mars 1736.
Mon cher abbé, j'aime mille fois mieux votre coffre-fort que celui d'un notaire; il n'y a personne à qui je me fiasse dans le monde autant
1 . Moussinot « était on chaDoine de Saint-Merry, on homme de bien , un homme simple et vertueux, attaché à ses devoirs d'ecclésiastique, de chanoine et d*ami... Le chapitre de Saiut-Merry lui confia sa caisse, les jansénistes le firent dépositaire de la leur; Voltaire lai remit la sienne : elle ne pouvait être en de meilleures mains. C'était une singularité de voir un môme ecclésiastique trésorier, en même temps, d'un chapitre, d'une secte et d'un philosophe; remplissant avec exactitude et un secret religieux les devoirs de ce triple état. » (Note de Durernet.)
qu'à vous : vous êtes aussi intelligent que vertueux ; vous étiez fait pour être le procureur général de Y ordre des jansénistes, car vous savez qu'ils appellent leur union Y ordre; c'est leur argot; chaque communauté, chaque société a le sien. Voyez donc si vous voulez vous charger de l'argent d'un indévot, et faire par amitié pour cet indévot ce que par devoir vous faites pour votre chapitre. Vous pourrez dans l'occasion en faire de bons marchés de tableaux; vous m'emprunterez de l'argent dans votre coffre. Mes affaires, comme vous savez, sont trèsaisées et très-simples : vous serez mon surintendant en quelque endroit que je sois ; vous parlerez pour moi, et en votre nom, aux Villars, aux Richelieu, aux d'Estaing, aux Guise, aux Guébriant, aux d'Auneuil, aux Lezeau et autres illustres débiteurs de votre ami. Quand on parle pour son ami, on demande justice; quand c'est moi qui réclame cette justice, j'ai l'air de demander grâce, et c'est ce que je voudrais éviter.
Ce n'est pas tout ; vous agirez en plénipotentiaire, soit pour mes pensions auprès de M. Paris Duvemey, auprès de M. Tanevot, premier commis des finances; soit pour mes rentes sur l'Hôtel de ville, sur Arouet, mon frère; soit enfin pour les actions et pour l'argent que j'ai chez différents notaires. Vous aurez, mon cher abbé, carte blanche pour tout ce qui me regarde, et tout sera dans le plus grand secret. Mandezmoi si cette charge vous plaît. En attendant votre réponse, je vous prie d'envoyer chercher par votre frotteur un jeune homme nommé Baculard d'Arnaud ; c'est un étudiant en philosophie au collège d'Harcourt ; il demeure rue Mouffetard : donnez-lui, je vous en prie, ce'petit manuscrit*, et faites-lui de ma part un petit présent de douze francs. Je vous prie de ne pas négliger cette petite grâce, que je vous demande ; ce manuscrit sera négocié à son profit. Je vous embrasse de tout mon cœur : aimezmoi toujours, et surtout resserrons les nœuds de notre amitié par la confiance et par les services réciproques.
i. VÊpUre $ur la Calomnie.