‹ Lettres choisies de Voltaire (volume 2)Chapitre 82 sur 246 · BrUannicus, seconde préface · texte numérisé non relu

BrUannicus, seconde préface

N'y a-t-il pas d'ailleurs une cruauté révoltante à vouloir décourager un jeune homme qui consacre ses talents, et de très-grands talents, au public, et qui n'attend sa fortune que d'un travail très-pénible et souvent très-mal récompensé ? C'est vouloir lui ôter ses ressources, c'est ' vouloir le perdre; c'est un procédé lâche et méchant que les magistrats devraient réprimer. Consolez-vous avec Içs honnêtes gens qui vous estiment ; méprisons, vous et moi, ces mercenaires barbouilleurs de papier qui s'érigent en juges avec autant d'impudence que d'insuffisance, qui louent à tort et à travers quiconque passe pour avoir un peu de crédit, et qui aboient contre ceux qui passent pour n'en avoir point. Ils donnent au monde un spectacle déshonorant pour l'humanité; mais il est un spectacle plus noble encore que le leur n'est avilissant, c'est celui des gens de lettres qui, en courant la même carrière, s'aiment et s'estiment réciproquement, qui sont rivaux et qui vivent en frères ; c'est ce que vous avez dit dans des vers admirables, et c'est un exemple que j'espère donner longtemps avec vous. Votre véritable ami, etc.

A M. ALLIOT.

Le 29 d*auguste 1749, à neuf heures uii quart du matin.

Je vous supplie, monsieur, de vouloir bien donner des ordres* en vertu desquels je sois traité sur le pied d'un étranger, et ne me mettez pas dans la nécessité de vous importuner tous les jours.

Je suis venu ici pour faire ma cour au roi. Mi mon travail ni ma santé ne me permettent d'aller piquer des tables. Le roi daigne entrer dans mon état; je compte passer ici quelques mois.

Sa Majesté sait que le roi de Prusse m'a fait l'honneur de m'écrire quatre lettres pour m'inviter à aller chez liii. Je puis vous assurer qu'à Berlin je ne suis pas obligé à impoi'tuner pour avoir du pain, du vin et de la chandelle. Permettez-moi de vous dire qu'il est de la dignité du roi et de l'honneur de votre administration de ne pas refuser ces petites

1. Âlliot était commissaire général de la maison de Stanislas. (G. A.)

attentions à un officier de la cour^du roi de France qui a l'honneur de venir rendre ses respects au roi de Pologne.

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