ROI DE POLOGNE, DUC DE LORRAINE ET DE BAR
Le 29 d*aiiguste 1749, à neuf heures trois quarts du'matin.
Sire, il faut s'adresser à Dieu quand on est en paradis. Votre Majesté m'a permis de venir lui faire ma cour jusqu'à la fin de l'automne, temps auquel je ne puis me dispenser de prendre congé de Votre Majesté. Elle sait que je suis très-malade, et que des travaux continuels me retiennent dans mon appartement autant que mes souffrances. Je suis forcé de supplier Votre Majesté qu'elle ordonne qu'on daigne avoir pour moi les bontés nécessaires et convenables à la dignité de sa maison, dont elle honore les étrangers qui viennent à sa cour. Les rois sont, depuis Alexandre, en possession de nourrir les gens de lettres, et quand Virgile était . chez Auguste, Alliotus, conseiller aulique d'Auguste, faisait donner à Virgile du pain, du vin et de la chandelle. Je suis malade aujourd'hui, et je n'ai ni pain ni vin pour dîner*. J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, sire, de Votre Majesté le très-humble, etc.
A MADAME LA DUCHESSE DU MAINE
Le 26 novembre 1749.
Promesse.
Je soussigné, en présence de mon génie et de ma protectrice, jure
i. Voltaire avait souvent de ces querelles avec M. Aliiot; et quand le roi était pris pour Juge, il décidait en faveur de Voltaire. La femme de M. Aliiot était très-sotte et très-superstitieuse. Un jour qu'elle se trouvait avec Voltaire, dans un moment d'orage affreux, elle lui fit àentir que sa présence pourrait bien attirer le tonnerre sur la maison. Voltaire, qui, dit-on, n'était pas trètkrassuré, dit à haute voix et en montrant le ciel : « Madame, j'ai pensé et écrit plus de bien de celui que vous craignez tant, que vous n'en pourrez dire de toute votre vie. »
de lui dédier, avec sa permission, Electre et Calilinay et promets que la dédicace sera un long exposé de tout ce que j'ai appris dudit génie dans sa cour.
Fait au Palais des Arts et des Plaisirs.
Le Protégé.
A MADEMOISELLE CLAIRON'
Le 12 janvier 1750, au soir (après la première représentation à^'Oreste),
Vous avez été admirable, vous avez montré dans vingt morceaux ce que c'est que la perfection de l'art, et le rôle d'Electre .est certainement votre triomphe ; mais je suis père, et, dans le plaisir extrême que je ressens des compliments que tout un public enchanté fait à ma fille, je lui ferai encore quelques petites observations pardonnables à l'amitié pateraelle^
Pressez, sans déclamer, quelques endroits comme :
Sans trouble, sans remords, Égisthe renouvelle
De son hymen affreux la pompe criminelle...
Vous vous trompiez, ma sœur; hélas 1 tout nous trahit, etc.
Vous ne sauriez croire combien cette adresse met de variété dans le jeu et accroît l'intérêt.
Dans votre imprécation contre le tyran :
L'innocent doit périr, le crime est trop heureux,
vous n'appuyez pas assez. Vous dites V innocent doit périr trop lentement , trop langoureusement. L'impétueuse Electre ne doit avoir, en cet endroit, qu'un désespoir furieux, précipité et éclatant. Au dernier hémistiche pesez sur cri^ le crime est trop heureux'^ c'est sur cri que
I . Claire-Josèphe de La Tude , si connue sous le nom de Clairon , naquit en 1723, débuta au Théâtre-Français le 19 septembre 1743, et quitta le théâtre en avril 1765. M^^* Clairon est morte le 18 Janvier 1803.
.W^-'-':'-' Clamu.n
doit être l'éclat. M"« Gaussin m'a remercié de lui avoir mis le doigt sur fou i la iowdre va partir. Ah I que ce fou est favorable ! m'a-t-elle dit.
La nature en tout temps est funeste en ces lieux :
VOUS avez mis l'accent sur fu, comme M"* Gaussin sur /bu,- aussi a-t-on applaudi ; mais vous n'avez pas encore fait assez résonner cette corde.
Vous ne sauriez trop déployer les deux morceaux du quatrième et du cinquième acte. Ces Euménides demandent une voix plus qu'humaine, des éclats terribles.
Encore une fois, débridez, avalez des détails, afin de n'être pas uniforme dans les récits douloureux. 11 ne faut se négliger sur rien, et ce que je vous dis là n'est pas un rien.
Voilà bien des critiques. Il faut être bien dur pour s'apercevoir de ces nuances dans l'excès de mon admiration et de ma reconnaissance. Bonsoir, Melpomène ; portez-vous bien.