M"* de Boufflen
donner un grain de bonheur. Je vieillis, je n'ai guère de santé, et je préfère d'être à mon aise avec mes paperasses, mon Catilina^ mon Siècle de Louis XIV et mes pilules, aux soupers des rois et à ce qu'on appelle honneurs et fortune. Il s'agit d'être content, d'être tranquille ; le reste est chimère. Je regrette mes amis, je corrige mes ouvrages, et je prends médecine. Voilà ma vie, mon cher Panpan. S'il y a quelqu'un par hasard dans Lunéville qui se souvienne du solitaire de Potsdam, présentez mes respects à ce quelqu'un.
Il a été un temps où tout ce qui porte le nom de Beauveau* me prenait sous sa protection ; ce temps est-il absolument passé ? M"* la marquise de Boufflers daigne-t-elle me conserver quelques bontés? serait-elle bien aise de me revoir à sa cour? serait-elle assez bonne de dire au roi de Pologne, qui ne s'en souciera peut-être guère, que je serai toute ma vie pénétré des bontés et des vertus de sa majesté? C'est le meilleur des rois, car il fait tout le bien qu'il peut faire.
Adieu, mon très-cher Panpan. Aimez toujours les vers, et n'aimez que les bons; et conservez quelque bonne volonté pour un homme qui a toujours été enchanté de votre caractère. Vale et me ama.