A M. DEVAUX
A Potsdam, le 8 mai 1751.
Mon cher Panpan (car il n'y a pas moyen d'oublier le nom sous lequel vous étiez si aimable), le jour même que je reçus vos ordres de servir votre ami (prière est ordre en ce cas), je courus chez un prince, et puis chez un autre, et les places étaient prises. J'écrivis le lendemain à la sœur^ d'un héros, à la digne sœur du Harc-Aurële du Nord, pour
savoir si elle avait besoin de quelqu'un d'aimable, qui fut à la fois de bonne compagnie et de service. Point de décision encore. Je comptais ne vous écrire que pour vous envoyer quelque brevet signé Wilhelmine, pour votre ami; mais, puisqu'on tarde tant, je ne peux pas tarder à vous remercier de vous être souvenu de moi.
Quand vous recevrez une seconde lettre de moi, ce sera sûrement l'exécution de vos volontés, et M. de Liébaud pourra partir sur-le-champ. Si je ne vous écris point, c'est qu'il n'y aura rien de fait.
Mon cher Panpan, mettez-moi, je vous prie, aux pieds de la plus aimable veuve * des veuves. Je ne l'oublierad jamais, et quand je retournerai en France, elle sera cause assurément que je prendrai ma route par la Lorraine. Vous y aurez bien votre part, mon cher et ancien ami. Je viendrai vous prier de me présenter à votre Académie.
Notre séjour à Potsdam est une Académie perpétuelle. Je laisse le roi faire le Mars tout le matin, mais le soir il fait l'Apollon, et il ne parait pas à souper qu'il ait exercé cinq ou six mille héros de six pieds; ceci est Sparte et Athènes; c'est un camp et le jardin d'Épicure; des trompettes et des violons, de la guerre et de la philosophie. J'ai tout mon temps à moi ; je suis à la cour, je suis libre ; et, si je n'étais pas entièrerement libre, ni une énorme pension, ni une clef d'or qui déchire la poche, ni un licou qu'on appelle cordon d'un ordrcy ni même les soupers avec un philosophe qui a gagné cinq batailles, ne pourraient me