A S. A. S. LE LANDGRAVE DE HESSE-GASSEL
A Suhwetzingen, près de Manheim, le 4 auguste 1753.
Monseigneur, Votre Altesse Sérénissime m'a recommandé de lui apprendre la suite de l'aventure odieuse de Francfort. Le roi de Prusse Ta fait désavouer par son envoyé en France. Cependant le brigandage exercé par Freitag, qui se dit ministre du roi de Prusse à Francfort, n'a pas encore été réparé ; les effets volés n'ont point été restitués, et on n'a point encore rendu l'argent qu'on avait pris dans nos poches. Il ne faut point de formalités pour voler, et il en faut pour restituer. 11 y a grande apparence que le conseil de la ville de Francfort ne voudra pas se couvrir d'opprobre , et on doit espérer que le roi de Prusse fera justice du malheureux qui, pour se faire valoir d'un côté auprès de son maître, et de l'autre pour dépouiller des étrangers, a commis des violences si atroces. Il aurait peut-être fallu être sur les lieux pour obtenir une justice plus
prompte. Voilà en partie pourquoi j'avais eu dessein de passer quelques semaines à Hanau. Mais ma santé et les bontés de ma cour m'ont rappelé en France , et je compte y retourner après avoir profité quelque temps des agréments de la cour de Manlieim, dont je jouis sans oublier ceux de la vôtre. Je serai pénétré toute ma vie, monseigneur, des bontés dont Votre Altesse Sérénissime m'a honoré depuis que j'ai eu l'honneur de lui faire ma cour à Paris. Si j'étais plus jeune, je me flatterais de pouveir encore venir me mettre à ses pieds. Mais, si je n'ai pas cette consolation, j'aurai du moins celle de penser que vous me conservez votre bienveillance, et je serai attaché à Votre Altesse Sérénissime jusqu'au dernier moment de ma vie, avec le plus profond respect et le plus tendre dévouement.
A M. LE COMTE D'ARGENTAL
Strasbourg, 19 d'auguste 1753.
Mon cher ange, j'ignore si M'"* Denis vous a donné un chiffon de lettre que je vous écrivis étant un peu attristé et très-malade. J'ai été en France depuis à petits pas, m'arrêtant partout où je trouvais bon ^te, et surtout chez l'électeur palatin. Vous me direz que je dois être rassasié d'électeurs *, mais celui-là est très-consolant.
SsDpe premente deo, fert deus aller opem.