‹ Lettres choisies de VoltaireChapitre 112 sur 157 · Tragédie de La Motte. — 2. Comédie de Le Sage · texte numérisé non relu

Tragédie de La Motte. — 2. Comédie de Le Sage

je suis de venir faire un petit tour dans ma patrie. Ma santé en a grand besoin, mon cœur davantage.

Je prendrai le temps qu'il va voir ses armées et ses provinces; et, pendant qu'il courra nuit et jour, pour rendre heureux des Allemands, je viendrai l'être auprès de vous Buvez à ma santé, conservez-moi votre amitié, et soyez sûr que tous les rois de la terre et tous les châteaux enchantés ne me feraient pas oublier un ami tel que vous.

Votre lettre est charmante, mais je vous trouve bien modeste de dater notre amitié de trente ans; mon cher Gide ville, il y en a plus de quarante.

A M. LE COMTE D'ARGENTAL

A Potsdam, le li mars 1752.

Mon divin ange, Mme d'Argental était donc là en grande loge? elle se porte donc bien? Voilà une nouvelle pour moi qui vaut bien celle du succès passager de Rome sauvée. Je connais mon public, l'enthousiasme passe; il n'y a que l'amitié qui reste. Aujourd'hui on bat des mains, demain on se refroidit, après-demain on lapide. Cimon et Miltiade n'ont pas plus essuyé l'inconstance d'Athènes que moi celle de Paris. Je relisais hier Oresîe^ je le trouvais beaucoup plus tragique que Cicéron; et cependant quelle différence dans l'accueil! Si j'avais été à Paris ce carême, on m'aurait sifflé à la ville, on se serait moqué de moi à la cour, on aurait dénoncé le Siècle de Louis J/F, comme sentant l'hérésie, téméraire et malsonnant. Il aurait fallu aller se justifier dans l'antichambre du lieutenant de police. Les exempts auraient dit en me voyant passer : « Voilà un homme qui nous appartient. »

Le poète Roi aurait bégayé à Versailles que je suis un mauvais petite et un mauvais citoyen; et llardion aura:*: dit en grec et en latin, chez M. le Daupliin, qu'il faut bien se donner de garde de me donner une cliaire au Collège royal. Mon cher ange, qui beiie latuit, bene vixit\

Mais ma destinée était d'être je ne sais quel homme public, coiffé de trois ou quatre petits bonnets de lauriers et d*une trentaine de couronnes d'épines. Il est doux de faire son entrée à Paris sur son âne, mais au bout de huit jours on y est fessé. Il faut qu'un ménétrier qui joue dans cet empyrée-là ait pour lui Jupiter ou Vénus, sans quoi il passe mal son temps. Je n'envie point assurément le nectar qu'on a versé aux Duclos, aux Crébillon, ni le petit verre qu'on a donné aux Moncrif-; mais je voudrais qu'on ne me donnât pas une éponge avec du vinaigre.

Pourquoi diable arrêter le Siècle de Louis XIV ^ dans le temjDS qu'on imprime chez Grange les Lettres juives? Il est assez bizarre que l'empereur, comme je l'ai déjà dit, me donne un privilège pour dire que Léopold était un poltron, et que je n'aie pas en France la permission tacite de prouver que Louis XIV était un grand homme. Franchement cela est indigne. 11 faut donc faire \ Histoire des mœurs du dix-huitième siècle? Est-ce qu'il ne se trouvera pas quelque bonne âme qui fera rougir les pédants de la pédanterie, et les sots de leur sottise? Est-ce qu'il n'y aura pas quelque voix qui criera : Parate vias Dominif Où est l'intrépide abbé de Ghauvelin? Tu dors y Brutus! Vous ne me dites rien, mon ange, de co deux Ghauvelin; ils sont pourtant de l'ancienne république, ils aiment les

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