‹ Lettres choisies de VoltaireChapitre 114 sur 157 · A UN MEMBRE DE L'ACADÉMIE DE BERLIN · texte numérisé non relu

A UN MEMBRE DE L'ACADÉMIE DE BERLIN

Potsdam, le 15 avril 1752.

Je réponds à toutes vos questions. La plupart des anecdotes sur Mlle de Lenclos^ sont vraies, mais plusieurs sont fausses. L'article de son testament dont vous me parlez n'est point un roman; elle me laissa deux mille francs. J'étais enfant; j'avais fait quelques mauvais vers qu'on disait bons pour mon âge. L'abbé de Châteauneuf % frère de celui que vous avez vu ambassadeur à La Haye, m'avait mené chez elle, et je lui avais plu je ne sais comment. Vous devez être persuadé que les lettres qui courent j ou plutôt qui ne courent plus sous son nom, sont au rang des mensonges imprimés . Il est vrai qu'elle m'exhorta à faire des vers; elle aurait dû plutôt m'exhorter à n'en pas faire. C'est un métier trop dangereux, et la misérable fumée de la réputation fait trop d'ennemis et empoisonne trop la vie. La carrière de Ninon, qui ne fit point de vers, est assurément préférable h la mienne.

On pouvait se passer d'écrire en forme sa vie; mais du

Page 1