Imprimeurs-libraires à Genève
mon profond respect pour la religion dans laquelle je suis né, et pour ceux qui sont à la tète de cette religion. Je ne crois pas que dans aucun de mes ouvrages il y ait un seul mot qui démente ces sentiments. J'ai écrit Thistoire avec vérité; j'ai abhorré les abus, les querelles, et les crimes; mais toujours avec la vénération due aux choses sacrées, que les hommes ont si souvent fait servir de prétexte à ces querelles, à ces abus, et à ces crimes. Je n'ai jamais écrit en théologien; je n'ai été qu'un citoyen zélé, et plus encore un citoyen de Tunivers. L'humanité, la candeur, la vérité, m'ont toujours conduit dans la morale et dans l'histoire. S'il se trouvait dans ces écrits quelques expressions répréhensibles, je serais le premier à les condamner et à les réformer.
Au reste, puisque vous avez rassemblé mes ouvrages, c'est-à-dire les fautes que j'ai pu faire, je vous déclare que je n'ai point commis d'autres fautes; que toutes les pièces qui ne seront point dans votre édition sont supposées, et que c'est à cette seule édition que ceux qui me veulent du mal ou du bien doivent ajouter foi. S'il y a dans ce recueil quelques pièces pour lesquelles le public ait de l'indulgence, je voudrais avoir mérité encore plus cette indulgence par un plus grand travail. S'il y a des choses que le public désapprouve, je les désapprouve encore davantage.
Si quelque chose peut me faire penser que mes faibles ouvrages ne sont pas indignes d'être lus des honnêtes gens, c'est que vous en êtes les éditeurs. L'estime que s'est acquise depuis longtemps votre famille dans une république où régnent Tesprit, la philosophie, et les mœurs, celle dont vous jouissez personnellement, lei soins que vous prenez, et votre amitié pour moi, combattent la défiance que j'ai de moi-ix^ême. Je suis, etc.
A M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU
Aux Délices, près de Genève, avril 1756.
Prenez Port-MahoD *, mon héros; ca t mon aiïairé. Vous savez qu'un fou d'Anglais parie vingt 'contre un, à bureau ouvert dans Londres, qu'on vous mènera prisonnier en Angleterre avant quatre mois. J'envoie commission à Londres de déposer vingt guiné' s contre cet extravagant, et j'espère bien gagner quatre cents Hvres sterling, avec quoi je donnerai un beau feu de joie le jour que j'apprendrai que vous avez fait la garnison de Saint-Philippe prisonnière de guerre. Je ne 5uis pas le seul qui parie pour vous. Vous vengerez la France, et vous enrichirez plus d'un Français. Je me flatte que, malgré la fatigue et les chaleurs, la gloire vous donne de la santé à vous et à M. le duc de Fronsac. Vous avez auprès de vous toute votre famille. Permettez-moi de souhaiter que vous buviez tous à la glace dans ce maudit fort de Saint- Philippe, couronnés de lauriers, comme des Romains triomphant des Carthaginois.
Je n'ose pas vous supplier d'ordonner à un de vos secrétaires de m'envoyer les bulletins; mais si vous pouvez me faire cette faveur, vous ne pouvez assurément en honorer personne plus intéressé à vos succès.
Permettez que les deux Suisses vous présentent leur tendre respect.
i. Le maréchal aborJa, en effet, àMinorque, prit Port-Mahon, et investit le fort Saint-Philippe sous les yeux des Anglais, le 17 avril de la même ^nnée.