‹ Lettres choisies de VoltaireChapitre 132 sur 157 · V Encyclopédie · texte numérisé non relu

V Encyclopédie

L tncyclopedte.

Anagramme de Boyer, ancien évéque de Mirepoix, membre de TAcadé-

rancaise, mort en I75*i

jnie française, mort en il^i-.

Voici Froid et une petite queue à Français par un a , Galant et Garant ; le reste viendra si je suis en vie.

Je suis bien loin de penser qu'il faille s'en tenir aux définitions et aux exemples; mais je maintiens qu'il en faut partout, et que c'est l'essence de tout dictionnaire utile. J'ai vu par hasard quelques articles de ceux qui se font, comme moi, les garçons de cette grande boutique; ce sont pour la plupart des dissertations sans méthode. On vient d'imprimer dans un journal l'article Femme ^ qu'on tourne horriblement en ridicule. Il semble que cet article soit fait par le laquais de Gil Blas.

J'ai vu Enthousiasme j qui est meilleur; mais on n'a que faire d'un si long discours pour savoir que l'enthousia&me doit être gouverné par la raison. Le lecteur veut savoir d'où vient ce mot, pourquoi les anciens le consacrèrent à la divination, à la poésie, à l'éloquence , au zèle de la superstition; le lecteur veut des exemples de ce transport secret de l'âme appelé enthousiasme ; ensuite il est permis de dire que la raison, qui préside à tout, doit aussi conduire ce transport. Enfin je ne voudrais dans votre Diclionnaire que vérité et méthode. Je- ne me soucie pas qu'on me donne son avis particulier sur la comédie, je veux qu'on m'en apprenne la naissance et les progrès chez chaque nation; voilà ce qui plaît, voila ce qui instruit. On ne lit point ces petites déclamations dans les - (|aelles un auteur ne donne que ses propres idées, qui nv sont qu'un sujet de dispute. C'est le malheur de presque tous les littérateurs d'aujourd'hui. Pour moi, je tremble toutes les fois que je vous présente un article. Il n'y en a point qui ne demande le précis d'une grande érudition. Je suis sans livres, je suis malade , je vous sers comme je peux. Jetez au feu ce qui vous déplaira. Adieu. Achevez le plus grand ouvrage du monde.

A M. LE COMTE D'AUr.KNTAL.

A Monrion, '20 j.nivior 1757.

Mon cher ange, je sens tout le prix de votre souvenir clans un temps où vous êtes si consterné de Thorrible aventure, et si occupé à remplir le vide immense laissé dans le parlement *. Votre assiduité à des devoirs nouveaux dont vous êtes dispensé, est un mérite dont le parlement, le pu- JdHc, et la cour, doivent vous tenir com])te. Je me flatte, pour riionneur delà nalion et du siècle , et pour le mien, qui ai tant célébré cette nation et ce siècle, qu'on ne trouvera nulle ombre de complicité, nulle apparence de complot dans l'attentat aussi abominable qu'absurde de ce polisson d'assassin, de ce misérable bâtard de Ravaillac*. J'espère qu'on n'y trouvera que l'excès de la démence : il est vrai que cette démence aura été inspirée par quelques discours fanatiques de la canaille : c'est un chien mordu par quelques chiens de la rue, qui sera devenu enragé. Il paraît que le monstre n'avait pas un dessein bien arrêté, puisque, après tout, on ne tue point des rois avec un canif à tailler des plumes. Mais pourquoi le scélérat avait-il trente louis dans sa poche ? Ravaillac et Jacques Clément n'avaient pas un sou. Je n'ose importuner votre amitié sur les détails de cet exécrable attentat. Mais comment me justifierai-je d'avoir tant assuré que ces horreurs n'arriveraient plus, que le temps du fanatisme élait passé, que la raison et la douceur des mœurs régnaient en France ? Je voudrais que dans quelque temps on rejouât Mahomet. Je n'ose vous parler à présent de cette Histoire générale , ou

1. Exil des seize conseillers, parmi lescir.els était l'abbé Chauvelin. U. Damiens, auteur d'un attentat contic le roi, le 5 janvier 1757.

plutôt de cette peinture des misères humaines , de ce tableau des horreurs de dix siècles ; mais, si vous avez le loisir do recueillir les opinions de ceux qui auront eu le courage d'en lire quelque chose, vous me rendrez un vrai service de m'apprendre ce qu'on en pense et ce que je dois corriger en général ; car c'est toujours à me corriger que je m'étudie. Que fais-je autre chose avec l'ancienne Zulime ? Le travail a fait toujours ma consolation : le labot et la lime sont toujours mes instruments. Adieu, mon cher et respectable ami. Mille tendres respects à tous les anges. Les deux Suisses vous embrassent.

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