‹ Lettres choisies de VoltaireChapitre 140 sur 157 · Auteur des Lettres péruviennes, roman épistolaire · texte numérisé non relu

Auteur des Lettres péruviennes, roman épistolaire

l'autre ce que nous pensons du public, de celte mer orageuse que tous les vents agitent, et qui tantôt vous conduit au port, tantôt vous brise contre un écueil; de cet.e multitude qui juge de tout au hai^ard, qui élève une statue pour lui casser le nez, qui fait tout à tort et à travers ; de ces voix discordantes qui crient hosanna le matin, et cruci fige le soir; de ces gens qui font du bien et du mal sans savoir ce qu ils font. Les hommes ne méritent cerlainement pas qu'on se livre à leur jugement, et qu'on fasse dépendre son bonheur de leur manière de penser. J'ai tàté de cet abominable esclavage, et j'ai heureusement fini par fuir tous les esclavages possibles.

Quand j'ai quelques rogatons tragiques ou comiques dans mon portefeuille, je me garde de les envoyer à votre parterre. C'est mon vin du cru; je le Lois avec mes amis. J'histriomie pour mon plaisir, sans avoir ni cabale à craindre, ni caprice à essuyer. 11 faut vivre un peu pour soi, pour sa société; alors on est en paix. Qui se donne au monde est en guerre, et pour faire la guerre il faut qu'il y ait prod'gieusement à gagner, sans quoi on la fait en dupe; ce qui est arrivé quelquefois à quelques puissances de ce monde.

Comptez, madame, sur la tendre et respectueuse amitié du Suisse V.

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