Tragédie de De Belloi, imitée de Métastasa
lesse, les maladies et les housards sont de cruels ennemis. J'ai bien peur, madame, que ces housards ne demandent un peu de fourrage à vos États, et qu'ils payent fort mai leur dîner et celui de leurs chevaux. Du moins, madame, votre beau duché (reste d'un duché encore plus beau) n'aura rien à reprocher à la cavalerie fraoçaise. Je crois que depuis Rosbach elle a perdu l'idée de venir prendre respectueusement du foin dans vos quartiers.
Il me paraît que le roi de Prusse, qui attaquait à droite .t à gauche autrefois, comme le bélier de la vision de Daniel, est totalement sur la défensive. Pour nous, nous sommes sur Texpectative, et Paris est sur l'indifférence la plus gaie. Jamais on ne s'est tant réjoui, jamais on n'a inventé tant de plaisanteries, tant de nouveaux amusements. Je ne sais rien de si sage que ce peuple de Paris, accusé d'être frivole. Quand il a vu les malheurs accumulés sur terre et sur mer, il s'est mis à se réjouir, et a fort bien fait; voilà la vraie philosophie. Je suis un vieillard très-indulgent; il faut, en plaignant les malheureux, applaudir à ceux qui narguent leurs malheurs.
Je renouvelle mes remercîments très -humbles à Votre Altesse Sérénissime; sa protection, au sujet des paperasses touchant le czar, fait ma consolation. Je me mets à ses pieds avec le plus profond respect.^
Le Suisse V.
A MADAME LA COMTESSE D'ARGENTAL
Aux Délices, 15 août 1759.
Vraiment, madame, il est bien temps de s'occuper de chevalerie^ pendant que M. de Gontades, en vrai Angevin, mène à la boucherie tous les descendants de nos anciens
chevaliers, et leur fait attaquer* quatre-vingts pièces de canon, comraedon Quichotte attaquait des raoulins à vent! Cette horrible journée perce Tâine. Je suis Fiançais à Texcès, surtout depuia mon beau brevet, dont j'ai Tobliga tion à vous, mes divins anges, et h MM. de Choiseul. Luc (vous savez qui est Luc^) donne probablement bataille aux Autrichiens et aux Russes, au moment que j'ai l'honneur de vous écrire ; du moins il m'a mand'3 que c'était sa royale intention. S'il est battu, comme cela peut arriver, quelle honte pour nous de l'avoir été par ce prince de Brunswick ! Je voudrais que vous connussiez ce prince, vous seriez bien étonnée, et vous diriez : « Il faut que les gens qu'il bat soient de grands imbéciles. » La vérité du fait est que toutes ces troupes-là sont mieux disciplinées que les nôtres. Quiconque ne suivra pas entièrement les maximes du maréchal de Saxe sera infailliblement battu, comme à Rosbach. Voilà ce que j'ai l'impudence de vous dire, en qualité d'historiographe; et je vous dis encore que je tremble pour votre descente en Angleterre ^
Nous allons être réduits h la besace. Heureux qui a des fromages de Parmesan et des terres !
Mon accident n'a pas duré ; il m'a laissé encore des passions vives ; celle d'être libre chez moi est très-forte ; mais la plus grande de mes passions, c'est l'attachement que j'ai pour mes divins anges.
M. de Choiseul m'a fait l'honneur de m'écrire; je le crois bien affligé. Ah! pauvres Français I