Bataille de Minden, 1" août 1759.— 'i. Frédéric II
3. L'expédition manqua, en elïet ; dès la première rencoiitre, à Belle- Isle, la tloUe entière périt sous les coups des eanemiS; sur les écueils ou dans les eaux de la Vilaine.
A M. GLAIRAUT *.
Du château de Ferney, 27 août 1759.
Votre lettre, monsieur, m'a fait autant de plaisir que votre travail m'a inspiré d'estime. Votre guerre avec les géomètres, au sujet de la comète, me paraît la guerre des dieux dans TOlympe, tandis que sur la terre les chiens se battent contre les chats. Je suis eflrayé de l'immensité de votre travail. Je me souviens qu'autrefois, quand je m'appliquais à la théorie de Newton, je ne sortais jamais de Tétude que malade; les organes de l'application et de l'intelligence ne sont pas si bons chez moi que chez vous. Vous êtes né géomètre, et je n'étais devenu disciple de Newton que par hasard. Votre dernier travail doit certainement honorer la France ; les Anglais ne peuvent pas avoir tout dit. Newton avait fondé ses lois en partie sur celles de Keppler, et vous avez ajouté à celles de Newton. C'est une chose bien admirable d'être parvenu à reconnaître les inégalités que l'attraction des grosses planètes opère sur la route des comètes. Ces astres, que nos pères et les Grecs ne connaissaient qu'en qualité de chevelus, selon Tétymologie du nom, et en qualité de méchants, comme nous connaissons Glodion le Chevelu, sont aujourd'hui soumis à votre calcul, aussi bien que les astres du système solaire; mais il faudrait être bien difficile pour exiger qu'on prédît le retour d'une comète à la minute, de même qu'on prédit une éclipse de soleil ou de lune. Il faut se contenter de l'à-peu-près dans ces distances immenses, et dans ces complications de causes qui peuvent accélérer ou retarder le retour d'une comète. D'ailleurs
t. célèbre géomètre, né à Paris, mort en 1765.
la q ;antité de la masse de Jupiter et de Saturne peut-elle (Ire connue avec précision? cela me paraît impossible. Il me semble que, quand on vous accordera un mois d'échéance pour le retour d'une comète, comme on en accorde pour les lettres de change qui viennent de loin, on ne vous fera pas une grande grâce ; mais, quand on avouera que vous faites honneur à la France et h Tesprit humain, on ne vous rendra que justice.
Plût à Dieu que notre ami Moreau-Maupertuis eût cultivé son art comme vous, qu'il eût prédit seulement le retour des comètes, au lieu d'exalter son âme pour prédire l'avenir, de disséquer des cervelles de géants pour connaître la nature de l'âme, d'enduire les gens de poixrésine pour les guérir de toute espèce de maladie, et de persécuter Kœnig I
Au reste, je suis fâché que vous désigniez par le nom de NcwtOJiiens ceux qui ont reconnu la vérité des découvertes de Newton ; c'est comme si on appelait les géomètres Euclidieîis, La vérité n'a point de nom de parti; Terreur peut admettre des mots de ralliement. On dit molinistes, jansénistes, quiétistes, anabaptistes, pour désigner différentes sortes d'aveugles ; les sectes ont des noms, et la vérité est vérité. Dieu bénisse l'imprimeur qui a mis les altercations de la comète, au lieu d'altérations! Il a eu plus ce raison qu'il ne croyait; toute vérité produit altercation. Je pourrais bien me plaindre aussi, à mon tour, de ceuv qui m'ont appelé mauvais citoyen, quand j'ai mis le preiuier en France le système de l'anglais Newton au net ; mais j'ai essuyé tant d'injustices d'ailleurs, que cellelà m'a échappé dans la foule. Je suis enfin parvenu à ne mesurer que la courbe que mes nouveaux semoirs tracent au bout de leurs rayons. Le résultat est un peu de froment; mais, quand je me suis tué à Paris pour composer
des poèmes épiques, des tragédies, et des histoires, je n'ai recueilli que de Tivraie. La culture des champs est plus douce que celle des lettres; je trouve plus de bon sens dans mes laboureurs et dans mes vignerons, et surtout plus de bonne foi, que dans les regratliers de la iitlérature, qui m'ont fait renoncer à Paris, et qui m'empêchent de le regretter.
Je mets en pratique ce que VAmi des hommes conseille. Je fais du bien dans mes terres, aux autres et à moi. Je fais naître un peu d'abondance dans le pays le plus agréable et le plus pauvre que j'aie jamais vu. C'est une belle expérience de physique de faire croître quatre épis où la nature n'en donnait que deux. Les académies de Gérés et de Pomone valent bien les autres.
« Félix qui potuit rerum cognoscere causas,., • FcTtunatus et ille deos qui novit agrestes M »
A MADAME LA MARQUISE DU DEFFAIND
Aux Délices, 13 octobre 1759.
Vous me demandez ce que vous devez lire, comme les malades demandent ce qu'ils doivent manger ; mais il faut avoir de l'appétit, et vous avez peu d'appétit avec beaucoup de goût. Heureux qui a assez faim pour dévorer V Ancien Testament! Ne vous en moquez point; ce livre fait cent fois mieux connaître qu'Homère les mœurs de Tancienne Asie ; c'est, de tous les monuments antiques, le plus précieux. Mais vous, qui ne vous souciez pas de l'histoire de votre pays, quel plaisir prendrez-vous à celle des Juifs, de rÉgypte et de Babylone. J'aime les mœurs des patriarches,
i. Virg., Géorg.y liv. U, v. 490, 499»
parce qu'ils cultivaient la terre comme moi. Laissez-moi lire l'Ecriture Sainte, et n'en parlons plus.
Mais vous, madame, prétendez-vous lire comme on fait la conversation? prendre un livre comme on demande des nouvelles? le lire et le laisser là? en prendre un autre qui n'a aucun rapport avec le premier, et le quitter pour un troisième? En ce cas, vous n'avez pas grand plaisir.
Pour avoir du plaisir, il faut un peu de passion ; il faut un grand objet qui intéresse, une envie de s'instruire déterminée, qui occupe l'âme continuellement; cela est difficile à trouver, et ne se donne point. Vous êtes dégoûtée; vous voulez seulement vous amuser, je le vois bien, et les amusements sont encore assez rares.
Si vous étiez assez heureuse pour savoir l'italien , vous seriez sûre d'un bon mois de plaisir avec FArioste. Vous vous pâmeriez de joie; vous verriez la poésie la plus élégante et la plus facile, qui orne, sans eli'ort, la plus féconde imagination dont la nature ait jamais fait présent à aucun homme. Tout roman devient insipide auprès de l'Anoste, tout est plat devant lui, et surtout la traduction de notre Mirabaud^
Si vous aimez un tableau très-fidèle de ce vilain monde, vous en trouverez un quelque jour dans V Histoire générale des sottises du genre humain (que j'ai achevée très-impartialement). J'avais donné, par dépit, l'esquisse de cette histoire, parce qu'on en avait imprimé déjà quelques fragments; mais je suis devenu plus hardi que je n'étais; j'ai peint les hommes comme ils sont.
La demi-liberté avec laquelle on commence à écrire en France n'est encore qu'une chaîne honteuse. Toutes vos grandes Histoires de France sont diaboliques, non-seule-