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vitation), qui semble imitée ou traduite d'Horace;i ces règles de goût et de style, non moins que de bon sens et de sagesse qu'il dicte à tout instant sous cette forme enjouée de la conversation écrite; qu'on pèse d'autre part, le léger bagage de leur philosophie pratique, bornée à la morale d'Épicure et de Lucrèce, qu'on n'oublie ni leur goût pour les cours ou pour la campagne; qu'on rassemble tant de qualités éminentes et tant de défauts séduisants, et l'on verra qu'il est aisé de faire et de prolonger le- parallèle.
Les lettres purement philosophiques de Sénèque, celles élégantes, mais trop étudiées de PHne le Jeune, ne pourraient le soutenir longtemps.
Balzac et Voiture, parmi nous, ne le soutiendraient pas davantage, malgré leur ancienne réputation. La prose hyperbolique de l'un, les énigmes perpétuelles de l'autre, en changeant la première qualité du style épistolaire, qui est le naturel, en style boursouflé et maniéré, ne pourraient les mettre de pair avec celui qui a eu ces défauts en horreur, et qui a porté la qualité contraire au plus haut degré.
C'est une femme, Mme de Sévigné, «la grande épistolière du grand siècle, r^ comme il a été dit, qu'il faudrait lui opposer avec justice et complaisance. L'estime que Voltaire lui-même professe pour elle réclame la comparaison avec lui ; il faudrait voir si cette comparaison ne tournerait pas encore à l'avantage de son admirateur. La langue, les mérites divers du style étant relativement égaux, la différence des sujets pourrait seule faire pencher la balance. Cette correspondance aisée, charmante, exquise d'une femme supérieure, d'une mère idolâtre, mais restreinte à des sujets toujours les mêmes, et rarement très-élevés, bornée à des affections légitimes, mais personnelles, serait peut-être taxée de monotonie; peutêtre trouverait-on qu'elle n'offre qu'un intérêt médiocre au plus grand nombre des lecteurs. La variété, l'étendue, l'intérêt toujours nouveau, général, et croissant des sujets, puisqu'il aborde à la fois tout ce qui touche à l'intelligence et a la vie humaine, donneraient peut être à Voltaire un incontes-
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table avantage pardevant le public. Enfin on a dit de Mme de Sévigné, et l'on voit bien qu'elle écrivait souvent pour écrire, comme on prétend que son sexe parle souvent pour Punique plaisir de s'entendre parler. Voltaire au contraire, c'est l'idée du moment, l'inspiration, la verve, la nécessité qui l'empoite ; c'est la pensée, c'est l'irrésistible besoin de l'exprimer, de la communiquer, de la répandre qui lui met la plume à la main; même dans l'intimité, il déteste d'écrire sans « motif, » sans « thème, » comme il le déclare à Mme Du Defïand ; il appelle cela « mâcher à vide , :& et il s'y refuse. On voit dès lors laquelle de ces deux correspondances est la plus pleine, la plus forte et la plus attachante, et à qui resterait la supériorité, de cette femme célèbre ou de son non moins célèbre rival. Les femmes seraient sans doute pour Mme de Sévigné, les hommes pour Voltaire; un critique, qui voudrait se montrer poli autant que conciliant, donnerait le premier rang à chacun d'eux dans son sexe.
a Non nostrum inter vos tantas componere htes. »
Je me garderai de prononcer, j'ai hâte de laisser enfin la parole à Voltaire lui-même , aui plaidera mieux sa cause que personne.
Il apporte pour la gagner sur ce point, comme sur tous ceux qu'a pu soulever cette analyse générale, outre toutes les rares qualités que nous avons indiquées, une qualité victorieuse, la première de toutes sans contredit, celle que des esprits d'ailleurs excellents perdent souvent dès qu'ils prennent la plume, que le peuple seul conserve d'instinct, parce qu'elle est dans son allure naturelle et libre : la gaieté, cette gaieté qui n'est pas chez lui la gaieté trop constamment cynique et ordurière de Rabelais , ni a savante et naïve gaieté de La Fontaine , ni la gaieté profondément comique et sereine de Molière, ni celle impudente de Regnard, ni celle commune et grivoise de Béranger, mais cette gaieté légère et intarissable, explosion .jpontanée, étincelle courante de la raison, du bon sens, de la tranchiseen belle humeur; cette gaieté qui, lorsqu'elle