‹ Lettres choisies de VoltaireChapitre 151 sur 157 · A M. WATELET · texte numérisé non relu

A M. WATELET

Aux Délices, 25 avril f760«

Je ne sais, monsieur, si c'est par un amateur que vous m avez fait parvenir le beau présent dont j'ai l'honneur de vous remercier ; mais cet amateur ne s'appelle pas il far

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presto. Je n'ai reçu que depuis trois jours ce poëme instructifs, ces leçons de maître données en prose avec modestie, ces belles estampes dessinées de votre main, qui ajoutent un nouveau mérite à Touvrage, et qui font un des plus précieux monuments des beaux-arts.

Je ne sais pourquoi il y avait tant de grands peintres dans le seizième siècle, et que nous en avons aujourd'hui si peu. J'imagine que les manufactures de glaces, les magots de la Chine et les tabatières de cent louis d'or ont nui à la ])einture.

Puisse votre ouvrage, monsieur, former autant de bons artistes qu'il vous attirera de louanges ! Je voudrais trouver quelque Claude Lorrain qui peignît ce que je vois de mes fenêtres : c'est un vallon terminé en face par la ville de Genève, qui s'élève en amphithéâtre. Le Rhône sort en cascade de la ville pour se joindre à la rivière TArve , qui descend à gauche entre les Alpes ; au delà de l'Arve est encore à gauche une autre rivière, et au delà de cette rivière, quatre lieues de paysage. A droite est le lac de Genève, au delà du lac les prairies de Savoie, tout l'horizon terminé par des collines qui vont se joindre à des montagnes couvertes de glaces éternelles, éloignées de vingt-cinq lieues, et tout le territoire de Genève semé de maisons de plaisance et de jardins. Je n'ai vu nulle part une telle situation ; je doute que celle de Constantinople soit aussi agréable.

Si M. Huber voulait s'amuser à peindre ce beau site, f en ferais encore plus de cas que ma découpure en robe de chambre.

J'ai l'honneur d'être, avec bien de la reconnaissance et l'estime la plus respectueuse, monsieur, votre très-humble et très-ob^'issant serviteur.

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