Comédie de Voltaire, où Fréron est vilipendé
vendu le duc Louis Sforce pour de l'argent comptant ; si vous songez que le républicain Jean Calvin, ce digne théologien, après avoir écrit qu'il ne fallait persécuter personne, pas même ceux qui niaient la Trinité, fit brûler tout vif, et avec des fagots verts, un Espagnol qui s'exprimait sur la Trinité autrement que lui : en vérité, monsieur, vous en conclurez qu'il n'y a pas plus de vertu dans les républiques que dans les monarchies. Ubicumque calculum ponaSy ibi naufragium invenies. Comptez que le monde est un grand naufrage, et que la devise des hommes est : sauve qui peut!
Je suis très- fâché d'avoir dit que Guillaume le Conquérant disposait de la vie et des biens de ses nouveaux sujets, ^omme un monarque de l'Orient; vous faites très-bien de me le reprocher. Je devais dire seulement qu'il abusait de sa victoire, comme on fait toujours en Orient et en Occident; car il est très-certain qu'aucun monarque du monde n'a le droit de s'amuser à voler et à tuer ses sujets, selon son bon plaisir
Nos pauvres historiens nous en ont trop fait accroire ; et le plus mauvais service qu'on puisse rendre au genre humain est de dire, comme ils font, que les princes orientaux sont très -bien venus à couper toutes les tètes qui leur déplaisent. Il pourrait très-bien arriver que les princes occidentaux s'imaginassent que cette belle prérogative est de droit divin. J'ai vu beaucoup de voyageurs qui ont parcouru l'Asie; tous levaient les épaules quand on leur parlait de ce prétendu despotisme indépendant de toutes les lois. Il est vrai que, dans les temps de trouble, les monarques et les ministres d'Orient sont aussi méchants que nos Louis XI et nos Alexandre VI; il est vrai que les hommes sont partout également portés à violei les lois, quand ils sont en colère ; et que, du Japon jus-
qu'à rirlande, nous ne valons pas grand'chose. Il y a pourtant d'honnêtes gens; et la vertu, quand elle est éclairée, cliange en paradis renfer de ce monde.
Il parait, par votre lettre, monsieur, que voire vertu est de ce genre, et que l'illustre président de Montesquieu aurait eu en vous un ami digne de lui.
Un homme dont les terres ne sont pas, je crois, éloignées de chez vous, est venu passer quelque temps dans ma retraite; c'est M. le marquis d'Argence. Il me fait éprouver qu'il n'y a rien de plus aimable qu*un homme vertueux qui a de Tesprit. Je voudras être assez heureux pour que vous me fissiez le même honneur qu'il m'a fait.
J'ai celui d'être, avec la plus respectueuse estime, etc.