I. OEdipp
a. La Henriad^, dont il composa les deux premleK' chants à la Bastille.
Je suis avec un profond respect, monseigneur, de Votre Altesse Royale, le très-humble et très-pauvre secrétaire des niaiseries. Voltaire.
A M. DE GÉNONVILLE*.
Ami, que je chéris de cette amitié rare Dont Pylade a donné l'exemple à l'univers,
Et dont Chaulieu chérit La Fare ; V( us pour qui «d'Apollon les trésors sont ouverLSj
Vous (iont les agréments divers,
L'imagination féconde, L'esprit et l'enjouement, sans vice et sans travers, Seraient chez nos neveux célébrés dans mes vers, Si mes vers, comme vous, plaisaient à tout le monde : Votre épître a charmé le pasteur de Sulli ; Il se connaît au bon, et partant il vous aime; Votre écrit est par nouç dignement accueilli.
Et vous serez reçu de même.
Il est beau, mon cher ami, de venir à la campagne, tandis que Plutus tourne toutes les têtes à la ville. Êtes-vouL réellement deveni s tous fous à Paris? Je n'entends parler que de millions ; on dit que tout ce qui était à son aise est dans la misère, et que tout ce qui était dans la mendicité nage dans Topulence. Est-ce une réalité? est-ce une chimère ? La moitié de la nation a-t-elle trouvé la pierre philosophale dans les moulins à papier? Law^ est-il un di'ju, un fripon, ou un charlatan qui s'empoisonne de la
I . Ami de Voltaire, mort bientôt après^ et auquel est adressée la belle épître : Aux mânes de Génonville... qui se termine par les vers :
Malheureux, dont le cœur ne sait pas comme on aime, Kt qui n'oni pas connu la douceur de pleurer !
9. Fameux financier, né àPMimbourt^, devenu en Trance contrôleur gêné al des finances; voir les histoires du temps au sujet de la vogue dont il jouit, et ùu ptonipt discrédit dans lequel il tomba.
DE VOITAIRE. 9
drogue qu'il distribue h tout le monde? ^ e contente-t-on de richesses imaginaires? C'est un chaos que je ne puis débrouiller, et auquel je m'imagine que vous n'entendez rien. Pour moi, je ne me livre à d'autres chimèreb c;?/ù celle de la poésie.
Avec l'abbé Courtin je vis ici tranquille,
Sans aucun regret pour la ville
Où certain Écossais malin,
Comme la vieille sibylle
Dont parle le bon Virgile, Sur des feuillets volants écrit notre destin.
Venez nous voir un beau matin,
Venez, aimable Génonville; Apollon dans ces climats
Vous prépare un riant asile :
Voyez comme il vous tend les bras, Et vous rit d'un air facile.
A M. DE FONÏENELLE*.
De ViUars, juin 1721.
Les dames qui sont à Yillars, monsieur, se sont gâlées par la lecture de vos Mondes . Il vaudrait mieux que ce fût par vos églogues ; et nous les verrions plus volontiers ici bergères que philosophes Elles mettent à observer les astres un temps qu'elles pourraient beaucoup mieux employer; et, comme leur goût décide des nôtres, nous nous sommes tous faits physiciens pour Tamour d'elles.
Le soir sur des lits de verdure, Lits que de ses mains la nature,
1. Neveu de Corneille, auteur des Mondes, de pastorales, etc., secrétaire de TAcadémie des sciences, dont il a fait l'histoire ; né à Rouen en 1G57, mort à Paria en 1757.
Dans ces jardins délicieux.
Forma pour une autre aventure, Nous brouillons tout l'ordre des deux : Nous prenons Vénus pour Mercure ; Car vous saurez qu'ici Ton n'a Pour examiner les planètes, Au lieu de vos longues lunettes, Que des lorgnettes d'opéra.
Comme nous passons la nuit à observer les étoiles, nous négligeons fort le soleil, à qui nous ne rendons visite que lorsqu'il a fait près des deux tiers de son tour. Nous venons d'apprendre tout à Theure qu'il a paru de couleur de sang tout le matin : qu'ensuite, sans q- e Tair fût obscurci d'aucun nuage, il a perdu sensiblement de sa lumière et de sa grandeur : nous n'avons su cette nouvelle que sur les cinq heures du soir. Nous avons mis la tête à la fenêtre, et nors avons pris le soleil pour la lune, tant il était pâle. Nous ne doutons point que vous n'ayez vu la même chose à Paris.
C'est à vous que nous nous adressons, monsieur, com^me à notre maître. Vous savez rendre aimables les choses que beaucoup d'autres philosophes rendent à peine intelligibles; et la nature devait à la France et à l'Europe un homme comrre vous pour corriger les savants, et pour donner aux ignorants le goût des sciences.
Or dites-nous donc, FontenoUcs, Vous qui, par un vol impav •, De Dédale prenant les ailes.
Dans les deux avez parcouru Tant de carrières immortelles, Où saint Paul avant vous a vu Force beautés surnaturelles, Dont très-prudemment il >"e.>i tu :
Du soleil, par vous si connu, Ne savez-vous point de nouvelles?
Pourquoi sur un char tout sanglant A-t-il commencé sa carrière?
Pourquoi pcrd-il, pâle et trenihlanl,
Et sa grandeur et sa lumière?
Que dira le Boulainvilliers»
Sur ce terrible phénomène ?
Va-t-il à (les peuples entiers
Annoncer leur perle prochaine?
Verrons-nous des incursions,
Des éditSj des guerres sanglantes
Quelques nouvelles actions.
Ou le retranchement des rentes?
Jadis quand vous étiez pasteur,
On vous eût vu sur la fougère,
A ce changement de couleur
Du Dieu brillant qui nous éclaire,
Annoncer à votre l;ergère
Quelque changement dans son cœur.
Mais à présent, monsieur, que vous êtes devcuLi philosophe, nous nous flattons que vous voudrez bien nous parler physiquement de tout cela. Vous nous direz si vous croyez que Tastre soit encroûté, comme le prétend Descartes; et nous vous croirons aveuglément, quoique nous ne soyons pas trop crédules.