Comédie — 3. Auteurs comiqucf
que rimagination vive et fécond e de Mme du Deffand, el celle de M. Tabbé d'Amfreville, en donnent à notre ami Thieriot, et qu enfin tous vos moments sont délicieux. M. le chevalier des Alleurs est-il encore avec vous? 11 m'avait dit qu'il y resterait tant qu'il y trouverait du plaisir : je juge qu'il y demeurera longtemps.
Adieu; je pars incessamment pour Fontainebleau; conservez-moi toujours bien de l'amitié. Adieu, adieu.
A M. THIERIOT
Le 12 août 1726.
J'ai reçu bien tard^ mon cher Thieriot, une lettre de vouSj du II du mois de mai dernier. Vous m'avez vu bien malheureux à Paris. La même destinée m'a poursuivi partout. Si le caractère des héros de mon poëme ' est aussi bien soutenu que celui de ma mauvaise fortune^ mon pof^me assurément réussira mieux que moi. \ous me donnez par votre lettre des assurances si touchantes de votre amitié, qu'il est juste que j'y réponde par de la confiance. Je voua avouerai donc, mon cher Thieriot, que j'ai fait un petit voyage à Paris, depuis peu. Puisque je ne vous y ai point vu, vous jugerez aisément que je n'ai vu personne. Je ne chei'chais qu'un seul homme ^ que l'instinct de sa poltronnerie a caché de moi, comme s'il avait deviné que je fusse à sa piste. Enfin la crainte d'être découvert m'a fait partir plus précipitamm.ent que je n'étais venu. Voilà qui est fait, mon cher Thieriot ; il y a grande apparence que je ne vous reverraiplus de ma vie. Je suis encore trèsincertain si je me retirerai à Londres. Je sais que c'est un pays où les arts sont tous honorés et récompensés, où il y
i. La Henriadd.
2. Le chevaiier de Fohan qui l'avait fait fustiger dans un guet-apens
a Je la différence entre les conditions, mais point d'autre entre les hommes que celle du mérite. C'est un pays où on pense libre client et noblement, sans être retenu par aucune crainte servile. Si je suivais mon inclination, ce serait là que je me fixerais, dans l'idée seulement d'apprendre à penser. Mais je ne sais si ma petite fortune, très-dérangée par tant de voyages, ma mauvaise santé , plus altérée que jamais, et mon goût pour la plus profonde retraite, me permettront d'aller me jeter au travers du tintamarre de Whitehall et de Londres. Je suis très-bien recommandé en ce pays-là et on m'y attend avec assez de bonté ; mais je ne puis pas vous répondre que je fasse le voyage. Je n'ai plus'que deux choses à faire dans ma vie : Tune de la hasarder avec honneur dès que je le pourrai ; et l'autre, de la finir dans l'obscurité d'une retraite qui convient à ma façon de penser, à mes malheurs et à la connaissance que j'ai des hommes.
J'abandonne de bon cQKir mes pensions du roi et de la reine ; le seul regret que j'aie est de n'avoir pu réussir à vous les faire partager. Ce serait une consolation pour moi dans ma solitude de penser que j'aurais pu, une fois en ma vie, vous être de quelque utilité ; mais je suis destiné à être malheureux de toutes façons. Le plus grand plaisir qu'un honnête homme puisse ressentir, celui de faire plaisir à ses amis, m'est refusé.
Je ne sais comment Mme deBernièrespenseàmonégard.
Prendrait-elle le soin de rassurer mon cœur a Contre la défiance attachée au malheur'? »
Je respecterai toute ma vie l'amitié qu'elle a eue pour moi et je conserverai celle que j'ai pour elle. Je lui souhaite une meilleure santé, une fortune rangée, bien du plaisir