‹ Lettres choisies de VoltaireChapitre 29 sur 157 · A M.*'**, MINISTRE DU DÉPARTEMENT DE PARIS · texte numérisé non relu

A M.*'**, MINISTRE DU DÉPARTEMENT DE PARIS

.Je remontre très-humblement que j^ai été assassiné par le brave chevalier de Rohan, assisté de six coupe-jarrets, derrière lesquels il était hardiment posté.

J'ai toujours cherché depuis ce temps à réparer, non mon honneur, mais le sien, ce qui était trop difficile.

Si Je suis venu dans Versailles, il est très-faux que j'aie fait demander le chevalier de Rohan-Chabot chez M. le cardinal de Rohan

h MADEMOISELLE BIlSSIÈRES.

A Wandsworth*, le 15 octobre 1726.

Je reçois, mademoiselle, en même temps une lettre de vous, du 10 septembre, et une de mon frère, du 12 août. La retraite ignorée où j'ai vécu depuis deux mois, et mes maladies continuelles, qui m'ont empêché d'écrire à mon

t. où il &*était réfugié pour échapper à la Bastill««

correspondant de Calais, sont cause que ces lettres ont tardé si longtemps à venir juscju'à moi. Tout ce que vous m'écrivez m'a percé le canir. Que puis-j(3 vous dire, mademoiselle, sur la mort de ma sœur, sinon qu'il eut mieux valu pour ma famille et pour moi que j'eusse été enlevé îi sa place ? Ce n'est point à moi à vous parler du peu de cas que Ton doit faire de ce passage si court et si difficile qu'on appelle la vie : vous avez sur cela des notions plus lumineuses que moi et puisées dans des sources plus pures. Je ne connais que les maineurs de la vie, mais vous en connaissez les remèdes, et la dillérence de vous à moi est du malade au m^'decm.

Je vous suppli'^ mademoiselle, d'avoir la bont(5 de remplir jusqu'au boo.. le zèle charitable (lue vous daignez a^oir pour moi en cette occasion douloureuse : ou engagez mon frère à me donner, sans diflerer un seul moment, des nouvelles de sa santé, ou donnez-m'en vous-même. Il ne vous reste que lui de toute la famille de mon père, que vous avez regardée comme la vôtre. Pour moi, il ne faut plus me compter Ce n'est pas que je ne vive encore pour le respect et l'amitié que je vous dois; mais je suis mort pour tout le reste. Vous avez grand tort, permettez-moi de vous le dire avec tendresse et avec douleur, vous avez grand tort de soupçonner que je vous aie oubliée. J'ai bien fait des fautes dans le cours de ma vie. Les amertumes et les souflrances qui en ont marqué presque tous les jours ont été souvent mon ouvrage. Je sens le peu que je vaux : mes faiblesses me font pitié et mes fautes me font iiorreur. Mais Dieu m'est témoin que j'aime la vertu, et qu'ainsi je vous suis tendrement altaché pour toute ma vie.

Adieu, je vous embrasse, permettez-moi ce terme, avec tout le respect et loute la reconnaissance que je dois à mademoiselle Bessières»

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