A M. DE FORMONT
Paris, 26 décembre 1 7S!
J'ai reçu votre lettre par les mains de Thieriot ; mais je ne sais pas pourquoi il n'a pas jugé à propos de me faire voir M. Tabbé Linant, qui me serait cher, pour peu qu'il Fît quatre bons vers sur cinquante. Le patriarche ^ des vers durs vient de mourir. C'est bien dommage ; car son commerce était aussi plein de douceur que ses poésies de dureté. C'est un bon homme, un bel esprit, et un poëte médiocre de moins. L'évêque de Luçon, fils de ce Bussi- Rabutin qui avait plus de réputation qu'il n'en méritait, succède h La Motte dans la place d'académicien, place m'prisée par les gens qui pensent, respect-' e encore par la populace et toujours courue par ceux qui n'ont que de la vanité. Notre Ériphyle sera bientôt jouée. Vous la trouverez bien diff rente de ce qu'elle était. J ai fini le moins mal que j'ai pu le tableau dont vous vîtes l'esquisse à Rouen. Je me flatte encore de vous voir à Paris, aux premières représentations. Je jouirai bien de votre commerce, car me voici votre voisin. Mme de Fontaines-Martel, la déesse de l'hospitalité, me donne à couchei* dans son appartement bas, qui regarde sur le Palais-Royal. Je n'en désemparerai pas, tant que vous serez chez M. des Alleurs.
Quand nous souperons ensemble,
a Nous parlerons de tout, et ne traiterons rien, »
comme dit un certain auteur très-aimable ; mais, hors de là, je veux traiter avec vous beaucoup de choses. A l'égard
t. La Motte. Voir plus haut la lettre Aux auteurs du NouvediaU,
de Jore, on m a assuré qu'il n'avait rien à craindre. 11 peut retourner à Rouen ; mais je ne lui conseille pas de revenir sitôt à Paris. Gardez toujours chez vous, je vous en supplie, les ballots^ à qui vous avez bien voulu donner retraite. Je voudrais être déjà quitte de toute cette besogne ; mais il faut vous voir longtemps pour que la besogne soit bonne.
a . . . . Carmen reprehendite, quod non a Multa dies. et multa litura coercuit....* »
Adieu,
« .... Nostrorum operum candide judex*. »
Pressez donc notre cher Cideville de nous envoyer sa petite drôlerie. Je vous embrasse de tout mon cœur.