A M. DE LA ROQUE
Quoique pour l'ordinaire vous vouliez bien prendre la peine, monsieur, de faire les extraits des pièces nouvelles, cependant vous me privez de cet avantage et vous voulez que ce soit moi qui parle de Zo'ire. Il me semble que je vois M. Le ISIormand ou M. Cochin réduire un de leurs clients à plaider sa cause. L'entreprise est dangereuse ; mais je vais mériter au moins la confiance que vous avez en moi, par la sincérité avec laquelle je m'expliquerai.
Zaïre est la première pièce de th-'âtre dans laquelle j'aie osé m'abândonner à toute la sensibilité de mon cœur ; c'est la seule tragédie tendre que j'aiô faite. Je croyais, dans l'âge même des passions les plus vives, que l'amour n'était point fait pour le théâtre tragique. Je ne regardais cette faiblesse que comme un défaut charmant qui avilissait l'art des Sophocle. Les connaisseurs qui se plaisent plus à la douceur élégante de Racine qu'à la force de Corneille me paraissent ressembler aux curieux qui préfèrent les nudités du Corrége au chaste et noble pinceau de Raphaël.
Le public qui fréquente les spectacles est aujourd'hui plus que jamais dans le goût du Corrége. Il faut de Ja ten-