Ninon de Lenclos
3 Parrain de Vollair».
sont au rang des mensonges imprimés. Il est vrai qu'elle m'exhorta à faire des vers; elle aurait dû plutôt m'exhorter à n'en pas faire. C'est un métier trop dangereux, et la misérable fumée de la réputation fait trop d'ennemis et empoisonne trop la vie. La carrière de Ninon, qui ne fit point de vers, est assurément préférable à la mienne.
On pouvait se passer d'écrire en forme sa vie ; mais du moins on a observé la bienséance de ne l'écrire que longtemps après sa mort. Les biographes qui ont écrit ma prétendue histoire dont vous me parlez, se sont un peu pressés, et me font trop d'honneur. Il n'y a pas un mot de véritable dans tout ce que ces messieurs ont écrit. Les uns ont dit, d'après l'équitable et véridique abbé Desfontaines, que je ressemblais à Virgile par ma naissance, et que je pouvais dire apparemment cOxTime lui •
<t 0 fortunalos nimium, sua si bona norint, « Agricolas M »
Je pense sur cela comme Virgile, et tout me paraît fort égal. Mais le hasard a fait que je ne suis pas né dans le pays des églogues et des bucoliques. Dans une autre Vie qu'on s'est avisé de faire encore de moi, comme si j'étais mort, on me dit fils d'un porte-clefs" du parlement de Paris. 11 n'y a point de tel emploi au parlement; mais qu'importe? On ne peut empêcher les barbouilleurs de papier d'écrire des sottises, les libraires hollandais de les vendre, et les laquais de les lire.
Je vous envoie un exemplaire de l'édition que l'on a faite à Paris de mes Œuvres bonnes ou mauvaises. C'est de toutes la plus passable; il y a pourtant bien des fautes. Una des plus grandes est d'y avoir inséré quatre chapitres du Siècle de Louis XIV, qui est imprimé aujourd'hui séparément. C'est un double emploi; et il est bien \Tai, surtout en fait de livres, qu'il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité. C'est par cette raison que je me donnerai bien de gai-de de vous envoyer les petites pièces fugitives que vous me demandez.