‹ Lettres choisies; édition à l'usage des classesChapitre 120 sur 272 · A M. BERTRAND · texte numérisé non relu

A M. BERTRAND

24 octobre 1755,

La mort de M. Giez me pénètre de douleur; nie voilà banni pour quelque temps de ma maison, où il est mort. Aii! mon cher monsieur, qui peut compter sur un moment de vie? Je n'ai jamais vu une santé plus brillante que celle de ce pauvre Giez: il laisse une veuve désolée, un enfant de six ans, et peut-être une fortune délabrée, car il commençait. Il avait semé, et il meurt sans recueillir; nous sommes environnés tous les jours de ces exemples. On dit : « Il est mort, » et puis, serre la file; et on est oublié pour jamais. Je n'oublierai point mon pauvre Giez, ni sa famille. Il m'était attaché; il m'avait rendu mille petits services; je ne retrouverai, à Lausanne, personne qui le remplace. Je vois qu'il faudra remettre au printemps mon voyage de Berne ; c'est être bien hardi que ^e compter sur un printemps.

Je ne connais plus que la retraite et l'amitié ^ Que ne puisje jouir avec vous de l'une et de l'autre! Je vous embrasse bien tendrement.

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