A M. COLINI
A Berne, 53 mai 1756.
Il faut que Loup fasse venir de gros gravier, qu'on en -répande, et qu'on l'aiîermisse depuis le pavé de la cour jusqu'à la grille qui mène aux allées des vignes. Ce gravier -ne doit être répandu que dans un espace de la largeur de ia grille. Les jardiniers devraient déjà avoir fait deux boulingrins carrés, à droite et à gauche de cette allée de sable,
1. Cette lettre et d'autres semblables rappellent celles de Pline le Jeune. Dans la comparaison souvent établie entre Voltaire et les grands épisloliers de tous les temps, Voltaire conserve sur Pline tous le avan'ages du français sur le latin; il n'est pas moins court et moins net et son élégance ^it plus naturelle et plus simple.
en laissant trois pieds à sabler aux deux extrémités de ce gazon, comme je l'avais ordonné.
Je prie M. Colini de recommander cet ouvrage, qui esT très aisé à faire. Je recommande à Loup d'avoir soin de fermer la grille d'entrée de ma maison les dimanches. Il condamnera la petite porte jaune qui va de la cour au jardin, et il empêchera d'entreT dans le jardin, et de le détruire, comme* on a déjà fait. Les allées de gazon qu'on a semées dans le jardin seraient absolument gâtées; et c'est une raison à opposer à l'indiscrétion des inconnus qui veulent entrer malgré les^ domestiques.
Je prie M. Colini de renvoyer les maçons, au reçu de ma lettre; ils n'ont plus rien à faire; mais je voudrais que les charpentiers pussent se mettre tout de suite après le berceau,, du côté de la Brandie.
Il faut que les domestiques aient grand soin de remuer les marronniers, d'en faire tomber les hannetons, et de les donner à manger aux poules.
Voilà à peu près, mon cher Colini, toutes mes grandes affaires. Ne m'envoyez point mes lettres à Berne, mais k Monrion.
Je vous embrasse. V.
A M. LE MARÉCHAL DUC DE RICHELIEU
Aux Délices, près de Genève, avril 1758
Prenez Port-iMahon*, mon héros; c'est mon affaire. Vous savez qu'un fou d'Anglais parie vingt contre un, à bureau ouvert dans Londres, qu'on vous mènera prisonnier en Angleterre avant quatre mois. J'envoie commission à Londres de déposer vingt guinées contre cet extravagant, et j'espère biei^ gagner quatre cents livres sterling, avec quoi je donnerai un beau feu de joie le jour que j'apprendrai que vous avez fait
1. Le maréchal aborda, en eiïet, à Minorque, prit Port Mahon, et investit e fort Saint- Phi lippe sous les yeux des Anglais, le 17 avril de la même |iQn6o.
la garnison de Saint-Philippe prisonnière de guerre. Je ne suis pas le seul qui parie pour vous. Vous vengerez la France, et vous enrichirez plus d'un Français. Je me tlatte que, malgré la fatigue et les chaleurs, la gloire vous donne delà santé à vous et à M. le duc de Fronsac. Vous avez auprès de vous toute votre famille. Permettez-moi de souhaiter que vous buviez tous à la glace dans ce maudit fort de Saint-Philippe, couronnés de lauriers, comme des Romains triomphant des Carthaginois.
Je n'ose pas vous supplier d'ordonner à un de vos secrétaires de m'envoyer les bulletins; mais, si vous pouvez me faire cette faveur, vous ne pouvez assurément en honorer personne plus intéressé à vos succès.
Permettez que les deux Suisses vous présentent leui* tendre respect.