PREFACE XV
absente. L'e?prit y domine, l'esprit y brille, l'esprit y répand à profusion ses trésors, ses éblouissanlei clartés, mais il ressemble à ces pâles soleils dont parle le jeune philosophe qu'il vénérait tant, « à ces soleils d'hiver qui éclai- Tent sans échauffer; » l'esprit y tue, ou du moins y éclipse le cœur, laisse le cœur froid. Ne pouvons-nous être plus sévère encore après les justes hommaiges rendus à ce merveilleux génie ? Si t' les grandes pensées viennent du cœur », comme le disait éloquemment ce même Vauveuargues, le cœur ne fait-il pas défaut là où font défaut les pensées véritablement grandes, religieuses et nobles? Des extraits montrent moins cette sécheresse générale que la lecture complète de vingt volumes ; toutefois elle n'en ressortira pas d'une manière moins sensible dans certaines parties où l'élévation des idées était commandée par la gravité des sujets. C'est surtout dans la correspondance avec M°^« Du Detlaud que ce vice éclate. Y a-t-il rien de plus arid*^ j la longue et de plus désolant, malgré son élégance perpétuelle, que l'échange des pensées de ces deux vieillards de sexe ditférent, tous deux infirmes et mourants, tous deux doaés d'une intelligence supérieure? J'écarte M°^^ Du Detfand dont la correspondance n'a pu entrer dans notre plan (non plus que beaucoup d'autres lettres curieuses adressées à Voltaire, qui eussent ûémesuréincnt grossi ce recueil) ; à ne prendre que celle de Voltaire, qu'y voit-on, après des causeries sur les lectures, l'histoire, les romans, la poésie, que des rétlexions purement matérielles, physiques et pratiques sur la santé, la digestion, la vie et la mort? 11 n'y est question que de la manière la plus agréable dépasser son temps dans une \ie dont le « début est absurde, le milieu pénible, la fin ridicule... Jouissez de la vie qui est peu de chose, sans craindre la mort qui n'est rien... Digérez, tout est là... » Tel est le refrain qui revient presque invariablement à chaque lettre. 11 faut éviter la déclamation, surtout quand on parle de Voltaire qui la déteste et la déconcerte d'un mot ou d'un rire, mais n'esl-il point permis de protester contre