XVI PRÉFACE
celte unique et frivole façon d'envisager et de traiter de si redoutables problèmes? Si justes, si spécieuses et vives que soient la plupart de ces réflexions, elles sont trop « courtes », dirait Bossuet ou Pascal; il fnuL montrer à l'homme « quelque chose de plus... », et ce quelque '' nose, ce n'est pas Voltaire avec tout son esprit qui le trf ive et l'enseigne. Ce sera la lacune d'une correspondan*" j aussi remarquable, comme c'est l'ombre ineffaçable répandue sur les plus belles œuvres et sur la gloire de Voltaire.
Ces réserves faites et accusées sans détours, on peut offrir sans crainte ces extraits qui le montrent égal ou supérieur à tous dans le style épistolaire.
11 y aurait ici plus d'un rapprochement judicieux et piquant à faire, et que j'indique à des plumes plus autorisées et plus exercées à la critique.
Cicéron, dans l'antiquité, par l'incomparable facilité, par lélégance, la souplesse, l'abondance et le naturel de son style, pourrait lui être opposé avec avantage. Malgré l'éloigncment des temps, et la diversité des mœurs; bien qu'on ne puisse se défendre d'un faible pour sa langue propre, et qu'où goûte encore mieux la littérature de son pays (^ue celles qu'on a passé sa vie à étudier, cependant l'orateur latin a été père, a été grand citoyen, a eu une fin lamentable ; ses malheurs privés ou les malheurs publics qui le frappent ou qu'il pressent, ont donné à sa correspondance une émotion, y ont répandu ces sentiments tendres, humains et patriotiques dont nous avons déploré l'absence dans 1 écrivaiii français. L'intelligence, l'esprit n'y badinent pas sans cesse, n'y brillent pas seuls; l'âme y parle et parle à notre âme.
Ne j)Ourrait-on pas également rapprocher ici du nom de Voltaire le nom d'Horace? Que sont, en effet, ces Épîtres ces Satires, cet Art poétique en vers si libres et si négligés, sinon une correspondance élégante et poétique? Qu'on songe, d'une part, à la connaissance approfondie que Voltaire en avait, aux citations qu'il lui emprunte sans cesse.