XVIII PRÉFACE
touche à rinlelligenre et à la vie humaine, donneraient peut être à Voltaire un iiic()iateslable avantage par-devant le public. Eniin on a dit de M"^'^ de Sévigné, et l'on voit bien qu'elle écrivait souvent pour écrire, comme on prétend que 8on sexe parle souvent pour l'unique plaisir de s'entendre parler, Voltaire au contraire, c'est l'idée du moment, l'inspiration, la verve, la nécessité qui l'emporte; c'est la pensée, c'est l'irrésistible besoin de l'exprimer, de la communiquer, de la répandre qui lui met la plume à la main; même dans rintimité, il déleste d'écrire sans « motif », sans u thème », comme il le déclare à M°»« Du Deiland; il appelle cela « mâcher à vide », et il s'y refuse. On voit dès lors laquelle de ces deux correspondances est la plus pleine, la plus forte et la plus attachante, et à qui resterait la supériorité, de cette femme célèbre ou de son moins célèbre rival. Les femmes seraient sans doute pour M"*^ de Sévigné, les hommes pour Voltaire; un critique, qui voudrait se montrer poli autant que conciliant, donnerait le premier rang à chacun d'eux dans son sexe.
« Non nostrum inter vos tantas componere lites. »
Je me garderai de prononcer, j'ai hâte de laisser enfin la parole à Voltaire lui-même, qui plaidera mieux sa cause que personne.
llap[)ortc, pour la gagner sur ce point, comme sur tous ceux qu'a pu soulever cette analyse générale, outre toutes les rares qualités que nous avons indiquées, une quahté victorieuse, la première de toutes sans contredit, celle que des esprits d'ailleurs excellents perdent souvent dès qu'ils prennent la plume, que le peuple seul conserve d'instinct, parce qu'elle est dans son allure naturelle et libre : la gaieté, cette gaieté qui n'est pas chez lui la gaieté trop constammant cynique et ordurière de Rabelais, ni la savante et naïve gaieté de La Fontaine, ni la gaieté profondément comique et sereine de Molière, ni celle impudente de Regnard, ni celle commune et grivoise de Déranger, mais cette gaieté légère et intarissable, explo-