‹ Lettres choisies; édition à l'usage des classesChapitre 167 sur 272 · Evêquade Puy en Vclay · texte numérisé non relu

Evêquade Puy en Vclay

2. Lepoc'ce; voir, pins liant, ses premiers démêlés avec Voltaire; torts qu'il aggr' j par son discours de réception à l'Académie française, dans lequel il déc!si,.a la guerre aux philosoplios du siècle, qu'il mit tous contre lui. On con naît le mot de Voltaire sur ses Cantiques sacrés :

« Sacrés ils sont, car personne n'y touche. •

n est l'auteur de la fameuse strophe :

« Le Nil a vu, sur ses rivages,

« Do noirs habitants des dcsorls,

« Insulter par leurs cris sauvages

« L'astre éclatant de l'univers.

« Cris impuissants! Fureurs bizarre» *

« Tandis que ces monstres barbares

« Poussaient d'insolcnles clameurs,

« Le dieu, poursuivant sa carrière,

a Versait des torrents de lumière

« Sur ses obscurs blasphémateurs. 9

reprouvez. Une tragédie n'aurait point du tout l'air naturel, s'il n'y avait pas beaucoup de ces expressions simples qui n'ont rien de bas ni de trop familier ^

A M. DE LA HARPE 2

22 décembre 1763.

Après le plaisir, monsieur, que m'a fait votre tragédie^, le plus grand que je puisse recevoir est la lettre dont vous m'honorez. Vous êtes dans les bons principes, et votre pièce justifie bien tout ce que vous dites dans votre lettre. Racine, qui fut le premier qui eut du goût, comme Corneille fut le premier qui eut du génie; l'admirable Racine, non assez admiré, pensait comme vous. La pompe du spectacle n'est une beauté que qfuand elle fait une partie nécessaire du sujet; autrement ce n'est qu'une décoration. Les incidents ne sont un mérite que quand ils sont naturels, et les déclamations sont toujours puériles, surtout quand elles sont remplies d'enflure. Vous vous applaudissez de n'avoir pas fait des vers à retenir, et moi, monsieur, je trouve que vous en avez fait beaucoup de ce genre. Les vers que je retiens le plus aisément sont ceux où la maxime est tournée en sentiment, où le poète cherche moins à paraître qu'à faire paraître son personnage, où l'on ne cherche point à étonner, où la nature parle, où l'on dit ce que l'on doit dire; voilà les vers que j'aime : jugez si je ne dois pas être très content de votre ouvrage.

Vous me paraissez avoir beaucoup de mérite, attendu que vous avez beaucoup d'ennemis. Autrefois, dès qu'un homme avait fait un bon ouvrage, on allait dire au frère Vadeblé qu'il était janséniste; le frère Vadeblé le disait au P. leTeliier,

1 . Son commentaire sur Pohjeucte, bien que do ceUe époque, n'indique pas qu'il ait toujours jugé Corneille d'aprôs cette règle qu'il établit lui-même.

:'. Poète tragique et critique célèbre, né en 1739, mort en 1803, auteur d'un cours de littérature ancienne et moderne, intitulé le Lycée, que la critique du XIX' siècle a fait oublier, bien que son analyse des écrivains du aiècl« d8 Louis XIV mérite toujours d'être lue.

3 Le comte de Warwick.

qui le disait au roi. Aujourd'hui faites une bonne tragédie, et l'on dira que vous êtes athée. C'est un plaisir de voir les pouilles^ que l'abbé d'Aubignac, prédicateur du roi, prodigue à l'auteur de Cinna. Il y a eu de tout temps des Frérons dans la littérature; mais on dit qu'il faut qu'il y ait des chenilles, pour que les rossignols les mangent afin de mieux chanter. J'ai l'honneur d'être, etc.

A MADAME LA MARQUISE DU DEFFAND

Ferney, 6 janvier 1764.

Je pense avec vous, madame, que, quand on veut être aveugle, il faut l'être à Paris; il est ridicule de l'être dans une campagne avec un des plus beaux aspects de l'Europe.

On a besoin absolument, dans cet état, de la consolation de la société. Vous jouissez de cet avantage; la meilleure compagnie se rend chez vous, et vous avez le plaisir de dire votre avis sur toutes les sottises qu'on fait et qu'on imprime.

Je sens bien que cette consolation est médiocre; rarement le dernier âge de la vie .est-il bien agréable; on a toujours espéré assez vainement de jouir de la vie; et à la fin, tout ce qu'on peut faire c'est de la supporter. Soutenez ce fardeau, madame, tant que vous pourrez; il n'y a que les grandes souff'rances qui le rendent intolérable.

On a encore, en vieillissant, un grand plaisir qui n'est pas à négliger, c'est de compter les impertinents et les impertinentes qu'on a vus mourir, les ministres qu'on a vu renvoyer, et la foule de ridicules qui ont passé devant les yeux 2. Si de

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