‹ Lettres choisies; édition à l'usage des classesChapitre 2 sur 272 · II PRÉFACE · texte numérisé non relu

II PRÉFACE

tours français par les qualités essentiellemenl françaises d(. son style, le maître dans l'art épislolaire par le naturel, l'aisance, la rapidité, la netteté, l'inaltérable clarté qu'il apporte en tout sujet, autant que par la variété infinie de ces sujets même, a eu ce sort singulier que l'abus de quelquesunes de ces qualités, auxquelles il a trop facilement lâché la bride, et que le nombre ]>rodigieux de ces lettres, qui dépassent le chiffre de sept mille, a fait cacher aux uns, redouter et lepouaser des autres, ignorer du plus grand nombre une correspondance sans pareille. Le danger évident de si libres lectures, ou l'impossibilité matérielle de les faire avec suite, a éloigné, les gens de goût non moins que la foule des lecteurs de la connaissance de ces chefs-d'œuvre d'esprit, d'agrément et de style.

Les esprits les plus différents, unis par un même amour dt la belle littérature, se sont rencontrés pour souhaiter qu'on rendît au publicle service de mettre ces lettres à sa portée, et de lui faire goûter un plaisir littéraire délicat, au milieu de nouveautés qui tendent à altérer de plus en plus le goût et la langue; ils ont demandé qu'on entreprît de ramener la jeunesse à ce style simple, à ce6 manières de dire vives, faciles, élégantes en même temps et nobles, qui étaient réputées autrefois les seules françaises. C'est cette œuvre que nous avons résolument tentée, élaguant tout ce qu'il y a d'inacceptable, de dangereux, de surabondant dans cette correspondance volumineuse et étrangement mêlée, et publiant un choix sévère, et relativement bien petit, de ces lettres dont quelques-unes sont célèbres, et dont tant d'autres méritent de le devenir.

Que les amis passionnés de Voltaire nous pardonnent tant et de si larges éliminations : elles sont indispensables. On l'a point pu songer à leurs exigences particulières , on n'a dû se préoccuper que de ceux que le nom de Voltaire effraie, et du plus grand nombre des lecteurs, auxquels il ne faut présenter que le beau et l'exquis dans tous les genres, que le parfait ans l'excellent. Si larges qu'eussent été nos cidres, de

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tels amis les eussent trouvés trop étroits; ils ne voudraient pas voir supprimer une phrase, une ligne de leur auteur; comme d'autres, peut-être en secret, voudraient qu'on n'en publiât ni une ligne, ni un mot. Ce. n'est ni les partisans, ni les ennemis outrés qu'il faut chercher à satisfaire en tout, c'est au public désintéressé qu'il faut songer et plaire, à ce public sévère autant qu'équitable, qui n'adopte à la longue que ce que la morale et le goût approuvent et recommandent à ses lectures et à son admiration.

Un recueil semblable a existé, et se trouve encore, plus ou moins complet, dans de rares bibliothèques particulières ou publiques: il porte la signature d'un poète devenu célèbre, il est de 1824. Cette date seule indique l'esprit dans lequel il a été composé. La notice qui le précède déclare qu'il faut classer Voltaire parmi les monstra des Latins; elle parle de « son venin qui met la fange en ébuUition, « et se termine par l'image d'une époque « qui, à son aurore, voit Voltaire apparaître dans une saturnale funèbre, etc. » Une chose qui étonne, mais qui rassure un peu après cela, c'est qu'un si abominable auteur a pu fournir à ce recueil quatre jolis volumes intitulés Choix moral.

Ces préoccupations, étrangères à la littérature, ont disparu de nos Jours, ce qui permet de donner un caractère moins exclusif à une publication du même genre. Elles rejetaient alors plus d'un chef-d'œuvre, et entre autres, la Réponse au discours de J.-J. Rousseau sur Vlnégnlité des Conditions, et, en revanche, elles accueillaient aveuglément toutes les lettres accablantes ou injurieuses pour les philosophes. Nous nous sommes appliqué à rester impartial, ou plutôt nous n'avons eu qu'une préoccupation, celle de l'art. — Le Beau, le Vrai, le Bien, ne sont d'aucun parti; ils sont de toutes les causes élevées et pures. C'est la gloire de notre époque d'avoir adopté cet éclectisme souverain, qui sera peut-être le dernier mot de la civilisation; en littérature, plus qu'ailleurs, il peut et doit régner sans trouble. Un choix équitable, par cela seul qu'il ne prendra que ce qu'il y a de vraiment beau

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