‹ Lettres choisies; édition à l'usage des classesChapitre 20 sur 272 · A M. L'ABBÉ DE CHAULIEU · texte numérisé non relu

A M. L'ABBÉ DE CHAULIEU

De Sulli», 20 juin 1716.

Monsieur, vous avez beau vous défendre d'être mon maître, vous le serez, quoi que vous en disiez. Je sens trop le besoin que j'ai de vos conseils; d'ailleurs les maîtres ont toujours aimé leurs condisciples, et ce n'est pas là une des moindres raisons qui m'engagent à être le vôtre. Je sens qu'on ne peut guère réussir dans les grands ouvrages sans un peu de conseils et beaucoup de docilité. Je me souviens bien des critiques que M. le grand prieur ^ et vous me fîtes dans un certain souper, chez M. l'abbé de Bussi*. Ce souper-là fil beaucoup de bien à ma tragédie^; et je crois qu'il me suffirait pour faire un bon ouvrage de boire quatre ou cinq fois avec vous. Socrate donnait ses leçons au lit, et vous

1. Abbé mondain, auteur, aujourd'hui démodé, de stances agréables. Voltaire, dans son Temple du Goût, l'appela « le premier des poètes négligés ».

2. Sully-sur-Loire, où il avait été envoyé, en manière d'exil, à cause dt> ses relations avec les ennemis du Régent, et pour des vers satiriques diriges contre lui.

3. Le prince de Vendôme, grand prieur de France, et président de la société littéraire dite du Temple.

4. Personnage oublié, âls de Bussy-Rabutin, devenu évêqno île Lnçon et membre de l'Académie française.

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