Œdipe
les donnez à table ; cela fait que vos leçons sont sans doute plus gaies que les siennes.
Je vous remercie infiniment de celles que vous m'avez données sur mon épître à 3/. le Ré'jetit^ ; et quoique vous me conseilliez de louer, je ne laisserai pas de vous obéir.
Malgré le penchaDt de mon cœur.
A vos conseils je m'abandonne.
Quoi! je vais devenir flatteur!
Et c'est Chaulieu qui me l'ordonne !
Je ne puis vous en dire davantage, car cela me saisit. Je suis, avec une reconnaissance infinie, etc..
Jouissez, monsieur, des plaisirs de Paris, tandis que je suis, par ordre du roi, dans le plus aimable château et dans la meilleure compagnie du monde. 11 y a peul-êlre quelques gens qui s'imaginent que je suis exilé; mais la vérité est que M. le Régent m'a donné ordre d'aller passer quelques mois dans une campagne délicieuse 2, où l'automne amène beaucoup de personnes d'esprit, et, ce qui vaut bien mieux, des gensd'un commerce aimable, grands chasseurs pour la plupart^ et qui passent ici les beaux jours à assassiner des perdrix.
Pour moi, cbétif, on me condamne A rester au sacré vallon; Je suis fort bien près d'Apollon, Mais assez mal avec Diane.
1. Première épitre célèbre de Voltaire, alors âgé de vingt^îeux ans, et OÙ te trouvent les vers :
« Il est chez les Français de ces sombres esprits, Censeurs extravagants d'un sage ministère, Incapables de tout, à qui rien ne peut plaire, » «to.
l. Sully-sur-Loire. Voir la lettre précédente.
Je chasse peu, je versifie beaucoup * ; je rime tout ce que îe asard oflfre à mon imaginalion;
Et, par mon démon lutine, Ou me voit sGuvont d'un coup d'aile Passer des fureurs de Laine 2 A la douceur de Fontcnelle^.
Sous les ombrages toujours cols De Sulli, ce séjour tranquille, Je suis plus heureux mille fois Que le grand prince qui m'exile Ne l'est près du trône des rois.
N'allez pas, s'il vous plaît, publier ce bonUeur dont je vous fais confidence, car on pourrait bien me laisser ici assez de temps pour y pouvoir devenir malheureux; je connais ma portée, je ne suis pas fait pour habiter longtemps le même lieu.
L'exil assez souvent nous donne Le repos, le loisir, ce bonheur précieux Qu'à bien peu de mortels ont accordé les dieux, Et qui n'est connu de personne Dans le séjour tumultueux De la ville que j'abaudonne.
Mais la tranquillité que j'éprouve aujourd'hui, Ce bien pur et parfait où je n'osais prétendre. Est parfois, entre nous, si semblable à l'ennui, Que l'on pourrait bien s'y méprendre.
Il n'a point encore approché de Sulli ;
Mais maintenant dans le parterre Vous le verrez, comme je croi, Aux pièces du poète Roi '».
C'est là sa demeure ordinaire.
Cependant on me dit que vous ne fréquentez plus que la
1. Réminiscence de la lettre de Pline à Tacite : « Quum venabere licebit... pugillares feras. Experieris Dianam non magis monlibus quam Minervam errarc. »