A M. LEJEUNE DE LA CROIX
A Feruey, 26 juin 1773.
Un vieux malade de quatre-vingts ans a retrouvé dans sesf papiers une lettre du 12 de mai, dont M. Lejeune de La Croix l'a honoré. Il y parle du mol idiotisme. Puisque idiot signifiait autrefois solitaire, le vieillard avoue qu'il est un grand idiot; et, comme les organes de l'âme s'affaiblissent avec ceux du corps, il avoue qu'il est encore idiot dans le sens qu'on attache aujourd'hui à ce terme. Il pense que l'idiotisme est l'état d'un idiot, comme le pédantisine est l'état d'un pédant, le jansénisme est l'état d'un janséniste, le fanatisme celui d'uD
m LETTRES CHOISIES
fanatique, comme le purisme est le défaut d'un puriste, comme le népotisme était autrefois l'habitude des neveux de gouverner Rome, comme le newtonianisme est la vérité qui a écrasé les fables du cartésianisme.
Le vieillard n'a pas le fatuisme* de croire avoir raison, il s'en faut beaucoup; mais, comme il a embrassé depuis longtemps le tolérantisme, il espère qu'en faveur de l'analogisrae M. de La Croix voudra bien,, malgré son atticisme, permettre à un homme qui est depuis vingt ans en Suisse un solécisme ou un barbarisme.
« Multa renascentur quae jam cecidere, cadentque
« Quae mine sunt in honore, vocabula, si volet usus,
« Quem pênes arbitrium est, et jus et norma loquendi^.»
Comme estime est due à un homme estimable, le vieillard assure M. de La Croix de sa respectueuse estime.