‹ Lettres choisies; édition à l'usage des classesChapitre 232 sur 272 · M. Boisard, de Caen · texte numérisé non relu

M. Boisard, de Caen

3. Le comte de Lally-Tolendal, brave officier, habile diplomate, gouverneur

M. le maréchal de Richelieu, à une entreprise dans laquelle il déployait tout son zèle pour le roi et pour la France. Je lus avec attention tous les mémoires qui parurent au temps de sa malheureuse catastrophe. Son innocence me parut démontrée : on ne pouvait lui reprocher que son humeur aigrie par tous les contre-temps qu'on lui fit essuyer. 11 fut persécuté par plusieurs membres de la compagnie des Indes, et sacrifié par le parlement.

Ces deux compagnies ne subsistent plus; ainsi le temps paraît favorable; mais il me paraît absolument nécessaire de ne faire aucune démarche sans l'aveu et sans la protection de M. le chancelier.

Peut-être ne vous sera-t-il pas difficile, monsieur, de produire des pièces qui exigeront la revision du procès; peutêtre obtiendrez-vous d'ailleurs la communication de la procédure. Une permission secrète au greffier criminel pourrait suffire. Il me semble que M. de Saint-Priest, conseiller d'Etat, peut vous aider beaucoup dans cette afi'aire. Ce fut lui qui, ayant examiné les papiers de M. de Lally, et étant convaincu non seulement de son innocence, mais de la réalité de ses services, lui conseilla de se remettre entre les mains de l'ancien parlement. Ainsi la cauee de M. de Lally est la sienne aussi bien que la vôtre : il doit se joindre à vous dans cette afi'aire si juste et si délicate.

Pour moi, je m'ofi're à être votre secrétaire, malgré mon âge de quatre-vingts ans, et malgré les suites très douloureuses d'une maladie qui m'a mis au bord du tombeau. Ce sera une consolation pour moi que mon dernier travail soit pour la défense de la vérité.

Je ne sais s'il est convenable de faire imprimer le manus-

général des élablisscmenls français clans l'Inde, dénué de ressources, h bout de forces cl do sacrifices, avait été obligé de se rendre. Conduit en Augleterre, relâché sur parole, il était venu en France pour répondre aux calomnies de SCS ennemis ; jeté à la Bastille, il fut condamné à mort par le plus inique des procès, et mené au supplice, un bâillon à la bouche, en 1766. L'arrêt, revisé en 1778, sur l'ordre du roi Louis XVI, fut cassé à l'unanimité, et la mémoire de Lally-Tolendul, réhabilitée. Un des derniers billets de Voltaire (voir p. 424) témoigne de la joie que lui causa la nouvelle de cette réhabilitation à laquelle, ou le voit, il avait travaille tout le premier.

crit que vous m'avez envoyé; je doute qu'il puisse servir, et je crains qu'il ne puisse nuire. Il ne faut, dans une pareille affaire , que des démonstrations fondées sur les procédures' mêmes. Une réponse à un petit libelle inconnu ne ferait aucune sensation dans Paris. De plus, on serait en droit de vous demander des preuves des discours que vous faites tenir à un président du parlement, à un avocat général, au rapporteur, à des officiers ; et, si ces discours n'étaient pas avouéspar ceux, à qui vous les attribuez, on vous ferait les mêmes^ reproches que vous faites à l'auteur du libelle. Cette observation me paraît très essentielle.

D'ailleurs ce libelle m'est absolument inconnu, et aucun de mes amis ne m'en a jamais parlé. Il serait bon, monsieur,, que vous eussiez la bonté de me l'envoyer par M. Marin, qui voudrait bien s'en charger.

Souflrez que ma lettre soit pour Mme la comtesse de La Heuze comme pour vous. Ma faiblesse et mes souffrances présentes ne me permettent pas d'entrer dans de grands détails^ Je lui écris simplement pour l'assurer de l'intérêt que je prendsà la mémoire de M. de Lally. Je vous prie l'un et l'aiilrc d'en être persuadés.

J'ai l'honneur d'être, avec tous les sentiments que je vou» dois, monsieur, votre, etc.

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