‹ Lettres choisies; édition à l'usage des classesChapitre 239 sur 272 · I.ucain, liv. Vlll, v. 4S · texte numérisé non relu

I.ucain, liv. Vlll, v. 4S

« Quand on craint d'être injuste, on a toujours à craindre; « Et qui veut tout pouvoir doit oser tout enfreindre, « Fuir comme un déshonneur la vertu qui le perd, « Et voler sans scrupule au crime qui le sert * . »

Vous avez vu très judicieusement, monsieur, que non seulement ces maximes sont exécrables et ne doivent être prononcées en aucun lieu du monde, mais qu'elles [sont ab surdes dans la circonstance où elles sont placées. Il ne s'agit pas du droit des rois; il est question de savoir si on recevra Pompée, ou si on le livrera à César. Il faut plaire au vainqueur; ce n'est pas là un droit des rois. Plolémée est un vassal qui craint d'ofTenser César, son maître.

J'ai exprimé sans ménagement mon horreur pour tous ce? lieux communs de barbarie, qui font frémir l'honnêteté et k sens commun*. J'ai dit et j'ai dû dire combien sont horribles à la fois et ridicules ces autres vers que j'ai entendu réciter au théâtre :

« Chacun a ses vertus, ainsi qu'il a ses dieux....

« Le sceptre absout toujours la main la plus coupable...

« Le crime n'est forfait que pour les malheureux....

« Oui, lorsque de nos soins la justice est l'objet,

« Elle y doit emprunter le secours du forfait. »

On ne peut dire plus mal des choses plus odieuses : cependant il y a des gens d'assez mauvaise foi pour oser excuser ces horreurs ineptes. Point de mauvaise cause qui ne trouve un défenseur, et point de bonne qui n'ait un adversaire; mais, à la longue, le vrai l'emporte, surtout quand il est soutenu par des esprits tels que le vôtre.

Si rien n'est plus odieux aux honnêtes gens que ces scélérats de comédie qui parlent toujours de crime, qui crient que le crime est héroïque, que la vengeance est divine, qu'on s'immortalise par des crimes, rien n'est plus fade aussi que ces héroïnes qui nous rebattent les oreilles de leur vertu.

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