Horace, Art poét v
Quel rapport, s'il vous plait, ces vers peuvent-ils avoir les uns aux autres? quel sens penveut-ils renfermer? est-ce le philosophe qui est roi, parce qu'il est seul? est-ce l'imposteur qui est tyran? Pourquoi la Sorbonne dit-elle: «Ne distinguons rien »? Cela est-il clair? cela est-il net?
Tout vers, toute phrase qui a besoin d'explication ne mérite pas qu'on l'explique. Un auteur est plein de sa pensée; il la rime comme il peut; il s'entend et il croit se faire entendre. Il ne songe pas qu'un mot hors de sa place, ou un mot impropre, peut rendre son discours impertinent, quelque ingénieux qu'il puisse être.
L'amitié dont vous voulez m'honorer depuis si ion^teinpâ me met en droit de vous dire toutes ces vérités. Mais celle dont je suis le plus certain, c'est que je vous serai attaché pour le reste de ma languissante et trop longue vie avec la tendresse la plus respectueuse.
k MADAME LA M.^QUISE DU DEFFAND.
30 mars 1775.
J'ai pu VOUS dire, madame: J'ai été très mal, je le suis encore^
1° Parce que la chose est vraie;
2° Parce que l'expression est très conforme, autant qu'il m'en souvient, à nos décisions académiques. Ce le signifi^ évidemment : « Je suis très mal encore. » Ce le signifie toujours la chose dont on vient de parler. C'est comme quan( on vous dit : « Êtes-vous enrhumées, mesdames? » elles doivent répondre : « Nous/e sommes, » ou : « Nous ne le sommes pas. » 11 serait ridicule qu'elles répondissent : « Nous k sommes, » ou : « Nous ne les sommes pas. »
Ce le est un neutre en cette occasion, comme disent les doctes. Il n'en est pas de même quand on vous demande*]
« Êtes-vous les personnes que je vis hier à la comédie d- Barbier de Séville, dans la première loge? » Vous devez ré pondre alors : « Nous /es sommes, » parce que vous devez indij quer ces personnes dont on vous parle.
Êtes-vous chrétienne? Je le suis. Êtes-vous la Juive qui fut menée hier à l'inquisition? Je la suis. La raison en est évidente. Êtes-vous chrétienne? Je suis cela. Êtes-vous la juive d'hier, etc.? Je suis elle.
Voilà bien du pédantisme, madame; mais vous me l'avez demandé : et vous ferez de moi tout ce que vous voudrez, excepté de me faire venir à Paris. Mon imagination m'y promène quelquefois, parce que vous y êtes; mais la raison me dit que je dois achever ma vie à Ferney. Il faut se cacher au monde, quand on a perdu la maitié de son corps et de son âme, et laisser la place à la jeunesse. Il y a et il y aura toujours à Paris beaucoup de jeunes gens qui font et qui feront très joliment des vers; mais ce n'est pas assez de les faire bons, il leur faut un je ne sais quoi qui force à les retenir par cœur, ou à les relire malgré qu'on en ait, sans quoi cent mille bons vers sont de la peine perdue.
Adieu, madame. Daignez me conserver toujours un peu d'amitié ; cela console à cent lieues.