A MADAME LA PRESIDENTE DE DERNIÈRES
Î8 novembre 1723 .
Je vous écris d'une main lépreuse * aussi hardiment que si j'avais votre peau douce et unie; votre lettre ai celle de notre ami m'ont donné du courage. Je voudrais bien n'avoir à exercer ma constance que contre cette maladie; mais je suis, au fumier près, dans l'état où était le bonhomme Job, faisant tout ce que je peux pour être aussi patient que lui, et n'en pouvant venir à bout. Je crois que le pauvre diable aurait perdu patience comme moi si la présidente de Dernières de ce temps-là avait été jusqu'au 28 novembre sansle venir voir.
On a préparé aujourd'hui votre appartement ; venez donc l'occuper au plus tôt ; mais, si vos arrêts sont irrévocables, et qu'on ne puisse pas vous faire revenir un jour plus tôt que vous ne l'avez décidé, du moins accordez-moi une autre grâce, que je vous demande avec la dernière instance. Je me trouve, je ne sais comment, chargé de trois domestiques que je n ai pas le pouvoir de garder, et que je n'ai pas la force de renvoyer. L'un de ces trois messieurs est le pauvre La Brie, que vous avez vu anciennement à moi. Il est trop vieux pour être laquais, incapable d'être valet de chambre, et fort propre à être portier.
Vous avez un suisse qui ne s'est pas attaché à votre service pour vous plaire, mais pour vendre, à votre porte, de mauvais