Horace. Ep. I, i, v
3. Le Nouvelliste du Parnasse, ou Réflexions sur les ouvrages nouveaux. gazette littéraire, commencée en 1731, ot arrêtée par le ministère public, â la quatrième feuille du tome IV, en 1732.
4. Voltaire, voulant publier plus tranquillement son Histoire de Charles XII, et une nouvelle édition de la. Ilenriàde, ('tait allé passer quatre ou cinq mois à Rouen etàCantelea, et il faisait croire qu'il était retourné en Angleterre.
avec succès en France depuis environ ce temps. J'ai vu, dans votre dix-huitième lettre, des plaintes injurieuses que l'on vous adresse contre moi, sur lesquelles il est juste que j'aie riionneur de vous écrire, moins pour ma propre justification que pour l'intérêt de la vérité.
Un ami, ou peut-être un parent de feu de M. de Campistron* me fait des reproches pleins d'amertume et de dureté de ce que j'ai, dit-il, insulté à la mémoire de cet illustre écrivain, dans une brochure de ma façon, et que je me suis servi de ces termes indécents : le pauvre Campislron. Il aurait raison, sans doute, de me faire ce reproche, et vous, messieurs, de l'imprimer, si j'avais en effet été coupable d'une grossièreté si éloignée de mes mœurs. C'est pour moi une surprise également vive et douloureuse de voir que l'on m'impute de pareilles sottises 2. Je ne sais ce que c'est que celte brochure, je n'en ai jamais entendu parler. Je n'ai fait aucune brochure en ma vie : si jamais homme devait être à l'abri d'une pareille accusation, j'ose dire que c'était moi, messieurs.
Depuis l'âge de seize ans, où quelques vers un peu satiriques, et par conséquent très condamnables, avaient échappé à l'imprudence de mon âge et au ressentiment d'une injustice, je me suis imposé la loi de ne jamais tomber dans ce détestable genre d'écrire. Je passe mes jours dans des souffrances continuelles de corps qui m'accablent et dans l'étude des bons livres, qui me console ; j'apprends quelquefois, dans mon lit, que l'on m'impute, à Paris, des pièces fugitives que je n'ai jamais vues et que je ne verrai jamais. Je ne puis attribuer ces accusations frivoles à aucune jalousie d'auteur; car qui pourrait être jaloux de moi? Mais quelque motif qu'on ait pu avoir pour me charger de pareils écrits, je déclare ici, une
1. Poète dramatique, pâle imitateur de Racine, auteur d'une Virginie, d'un Alcibiade, d'un Tiridate, etc., etc., toutes œuvres qu'on ne joue ni ne lit plus, mais dont on se moque toujours.
S. Disons-le une fois pour toutes : les assertions de Voltaire, en tant que désaveux de ses œuvres, ne doivent jamais être acceptées que sous bénéfice d'inventaire. « Dès 'ju'il y aura le moindre danger, écrit-il sans cesse à ses « amis, je vous demande en grâce de m'avertir, afin que je désavoue l'ou- « vrage av«c ma candeur et mon innocence ordinaires. »
bonne fois pour toutes, qu'il n'y a personne en France qui puisse dire que je lui aie jamais fait voir, depuis que je suis hors de l'enfance, aucun écrit satirique en vers ou en prose; et que celui-là se montre qui puisse seulement avancer que j'aie jamais applaudi un seul de ces écrits dont le mérite consiste à flatter la malignité humaine.
Non seulement je ne me suis jamais servi de termes injurieux, soit de bouche, soit par écrit, en citant feu M. de Campistron, dont la mémoire ne doit pas être indifférente aux gens de lettres; mais je me suis toujours révolté contre cette coutume impolie qu'ont prise plusieurs jeunes gens, d'appeler par leur simple nom des auteurs illustres qui méritent des égards.
Je trouve toujours indigne de la politesse française, et du respect que les hommes se doivent les uns aux autres, de dire Fontenelle, Chaulieu, Crébillon, La Motte, Rousseau, etc. ; et j'ose dire que j'ai corrigé quelques personnes de ces manières indécentes de parler, qui sont toujours insultantes pour les vivants, et dont on ne doit se servir envers les morts que quand ils commencent à devenir anciens pour nous. Le peu de curieux qui pourront jeter les yeux sur les préfaces de quelques pièces de théâtre que j'ai hasardées, verront que je dis toujours le grand Corneille, qui a pour nous le mérite de l'antiquité; et que je dis M, Racine et M. Despréaux, parce qu'ils sont presque mes contemporains.
Il est vrai que dans la préface d'une trag-édie* adressée à milord Bolingbroke, rendant compte à cet illustre Anglais des défauts et des beautés de notre théâtre, je me suis plaint, avec justice, que la galanterie dégrade parmi nous la dignité de la scène; j'ai dit, et je dis encore, que Ton avait applaudi ces vers à'Alcibiade^, indignes de la tragédie :
« Hélas! qu'est-il besoin de m'en entretenir?
« Mon penchant k l'amour, je l'avouerai sans peine,
M Fut de tous mes malheurs la cause trop certaine;
« Mais, bien qu'il m'ait coûté des chagrins, des soupirs,