‹ Lettres choisies; édition à l'usage des classesChapitre 53 sur 272 · Ovide, Trist., él. i · texte numérisé non relu

Ovide, Trist., él. i

%. Horsc-e, ép. II, liv. ii v 57.

Les vers ne sont plus guère à la mode à Paris. Tout le monde commence à faire le géomètre et le physicien. On se mêle de raisonner. Le sentiment, l'imagination et les grâces sont bannis. Un homme qui aurait vécu soi. s Louis XIV et qui revienidrait au monde ne reconnaîtrait plus les Français; il croirait que les Allemands ont conquis ce pays-ci. Les belleslettres périssent à vue d'œil. Ce n'est pas que je sois fâché que la philosophie soit cultivée, mais je ne voudrais pas qu'elle devînt un tyran qui exclût tout le reste. Elle n'est en France qu'une mode qui succède à d'autres, et qui passera à son tour ; mais aucun art, aucune science ne doit être de mode. Il faut qu'ils se tiennent tous par la main; il faut qu'on les cultive en tout temps.

Je ne veux point payer de tribut à la mode ; je veux passer d'une expérience de physique à un opéra ou à une comédie, et que mon goût ne soit jamais émoussé par l'étude. C'est votre goût, mon cher Cideville, qui soutiendra toujours le mien ; mais il faudrait vous voir, il faudrait passer avec vous quelques mois; et notre destinée nous sépare quand tout devrait nous réunir.

J'ai vu Jore à votre semonce; c'est un grand écervelé. Il a causé tout le mal pour s'être conduit ridiculement. Il n'y a rien à faire pour Linant^, ni auprès de la présidente, ni au théâtre. Il faut qu'il songe à être précepteur. Je lui fais apprendre à écrire; après quoi il faudra qu'il apprenne le latin, s'il veut le montrer. Ne le gâtez point, si vous l'aimez. Vale. V.

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