‹ Lettres choisies; édition à l'usage des classesChapitre 59 sur 272 · Alzire ou les Américains · texte numérisé non relu

Alzire ou les Américains

2. Auteur comique, né à Paris, membre de l'Académie française, et dont les comédies et les dialogues quintessenciés ont été qualifiés de marivaudages. Il reste de lui au répertoire plus d'une pièce encore goûtée, quand elle trouve de bons interprètes : le Legs, l'Épreuve, les Fausses Confidences, le Jeu de l'Amour et du Hasard, etc.

j'estime i esprit et ia probité, li y a surtout dans ses ouvrages un caractère de philosophie, d'humanité et d'indépendance, dans lequel j'ai trouvé avec plaisir mes propres sentiments. Il est vrai que je lui souhaite quelquefois un style moins recherché et des sujets plus nobles; mais je suis bien loin de l'avoir voulu désigner en parlant des comédies métaphysiques. Je n'entends par ce terme que ces comédies où l'on introduit des personnages qui ne sont point dans la nature, des personnages allégoriques, propres, tout au plus, pour le poème épique, mais très déplacés sur la scène, où tout doit être peint d'après nature. Ce n'est pas, ce me semble, le défaut de M. de Marivaux; je lui reprocherais, au contraire, de trop détailler les passions, et de manquer quelquefois le chemin du cœur, en prenant des routes un peu trop détournées. J'aime d'autant plus son esprit, que je le prierais de le moins prodiguer ^ Il ne faut point qu'un personnage de comédie songe à être spirituel; il faut qu'il soit plaisant malgré lui, et sans croire l'être ; c'est la différence qui doit être entre la comédie et le simple dialogue. Voilà mon avis, mon cher monsieur, ie le soumets au vôtre.

J'avais prêté quelque argent à feu M. de LaClède, mais sans billet; je voudrais en avoir perdu dix fois davantage, et qu'il fût en vie. Je vous supplie de m'écrire tout ce que vous apprendrez au sujet de mes Américains. Je vous embrasse tendrement.

A M. L'ABBÉ D'OLIVET^

A Girey, ce 1? février 1736.

Si vous avez eu la goutte, dans votre séjour du tumulte et de l'inquiétude, j'ai eu la fièvre, mon cher abbé, dans l'asiie de la tranquillité. Mais il faut absolument que je vous apprenne que, pendant mon indisposition, M"« la marquise du Châtelet

1. Fénelon avait dit : « Un auteur qui a trop d'esprit, et qui en veut toujours *voir, lasse et épuise le mien: je n'en veux point avoir tant...^ etc.. ^L,ettre sut Us occupations de l'Académie, chap. v.)

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