A M. DE LANGUES
A Cirey, le 3 avril 1739.
Votre belle tragédie'^, monsieur, est arrivée à Cirey, comme les Maupertuis et les Bernouilli en partaient. Les grandes vérités nous quittent; mais à leur place les grands sentiments et de très beaux vers, qui valent bien des vérités, nous arrivent.
Il me semble que votre ouvrage étincelle partout de traits d'imagination; et, lorsque vous aurez achevé de polir les autres vers qui enchâssent ces diamants brillants, il doit en résulter une versification très belle, et môme d'un nouveau genre. 11 ne faut sans doute rien de trop hardi dans les vers d'une tragédie ; mais aussi les Français n'ont-ils pas souvent été trop timides? A la bonne heure qu'un courtisan poli, qu'une jeune princesse, ne mettent dans leurs discours que de la simplicité et de là grâce; mais il me semble que certains héros
1. Jean Sauvé, dit La Noue, acteur et poète dramatique, auteur tl> Coquette corrigée et d'autres comédies oubliées.