‹ Lettres choisies; édition à l'usage des classesChapitre 8 sur 272 · PRÉFACE IX · texte numérisé non relu

PRÉFACE IX

avec la régence, tout entier aux études sérieuses, dans l'âge de la maturité et du talent, devenu plus grave encore avec la marche du siècle, se tourne, à ses derniers jours, vers les problèmes politiques et sociaux; si bien qu'une existence littéraire, inaugurée par des vers licencieux ou galants, remplie par des tentatives hardies dans tous les genres, se clôt par des revendications de la liberté et des droits de Thomme, par des prophéties redoutables qu'un avenir prochain va réaliser, et enfin par cette solennelle bénédiction donnée au fils de Franklin, au nom de Dieu et de la Liberté! « God and Liberty! » Si un tel choix, si ces extraits ainsi envisagés el résumés dans leur ensemble, semblent aboutir à un panégyrique, j'avouerai sans crainte que c'est là l'inconvénient ou plutôt l'avantage des recueils qui ne présentent et ne veulent présenter que ce qu'il y a de beau dans la vie d'un homme, ou de parfait dans ses œuvres. L'inconvénient est petit et l'avantage est grand. Historiens, critiques, savants, sinon gens de parti, nous font assez connaître à fond tout ce qui appartient à une œuvre ou à un homme. Défauts, travers, imperfections, rien n'échappe à la loupe de cette science scrupuleuse ou intéreisée; elle se charge de rectifier les choses au point de vue de l'histoire, de la littérature, sinon de la passion. — Mais quel profit trouvent le public et l'humanité à ces rectifications rigides ou partiales ? Le voit-on ? On voit au contraire que l'un et l'autre gagnent à des extraits qui éclairent et forment l'esprit, en lui présentant seulement ce que l'esprit humain a produit de juste et de beau ; qui élèvent et ennoblissent l'âme en lui faisant connaître seulement ce que l'âme humaine a enfanté de plus sublime et de plus pur. Dans une des lettres adressées au prince royal de Prusse, Voltaire déclare qu'il voudrait que l'histoire tût à jamais les crimes dont les rois et les pontifes se sont souillés, afin, dit-il, de ne montrer aux peuples que des exemples de vertu, et de n'enseigner aux rois que la iustice et l'humanité. En appliquant cette régie aux écrivains, en effaçant de leurs œuvres tout ce qu'elles contiennent de mauvais et de dangereux, en ne les montrant que dans leurs

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