‹ Lettres choisiesChapitre 114 sur 456 · Acte I, scène r · texte numérisé non relu

Acte I, scène r

Dans leurs sanglantes mains le tonueire s'allume, Sous leurs pas embrasés la terre se consume.

J'ai vaincu, j'ai conquis, je gouverne à présent. Acte I, scène iv.

Il me semble que votre ouvrage étincelle partout de ces traits d'imagination ; et, lorsque vous aurez achevé de polir les autres vers qui enchâssent ces diamants brillants, il doit en résulter une versification très belle, et môme d'un nouveau genre. Il ne faut, sans doute, rien de trop hardi dans les vers d'une tragédie; mais aussi les Français n'ont-ils pas souvent été trop timides ? A la bonne heure qu'un courtisan poli, qu'une jeune princesse ne mettent dans leur discours que de la simplicité et de la grâce; mais il me semble que certains héros étrangers, des Asiatiques, des Américains, des Turcs, peuvent parler sur un ton plus fier, plus sublime :

Major e longinquo.

J'aime un langage hardi, métaphorique, plein d'images, dans la bouche de Mahomet II. Ces idées superbes sont faites pour son caractère : c'est ainsi qu'il s'exprimait lui-même *. Savez-vous bien qu'en entrant dans Sainte-

1. Ce sultao, surnommé le Conquérant (1451-1481), prit Constantinople en 1453, ravagea la Grèce, battit los Vénitiens et les Génois, et menaçait l'Italie lorsqu'il mourut subitement à

Nicomédie. Ambilieux et violent, génie barbare et hardi, il protégea les arts et fonda des écoles. Les Turcs l'appellent le plus grand de leurs empereurs.

Sophie *, qu'il venait de changer en mosquée, il s'écria en vers persans qu'il composa sur-le-champ : « Le palais impérial est tombé ; les oiseaux qui annoncent le carnage ont fait entendre leurs cris sur les tours de Constantin * ! n

On a beau dire que ces beautés de diction sont des beautés épiques ; ceux qui parlent ainsi ne savent pas que Sophocle et Euripide ont imité le style d'Homère ^ Ces morceaux épiques, entremêlés avec art parmi des beautés plus simples, sont comme des éclairs qu'on voit quelquefois enflammer l'horizon, et se mêler à la lumière douce et égale d'une belle soirée. Toutes les autres nations aiment, ce me semble, ces figures frappantes. Grecs, Latins, Arabes, Italiens, Anglais, Espagnols, tous nous reprochent une poésie un peu trop prosaïque. Je ne demande pas qu'on outre la nature, je veux qu'on la fortifie et qu'on l'embellisse. Qui aime mieux que moi les pièces de l'illustre Racine? qui les sait plus par cœur ? Mais serais-je fâché que Bajazet, par exemple, eût quelquefois un peu plus de sublime?

Elle veut, Âcomat, que je l'épouse. — Eh bien !

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