V. page 65, note
3. Privilège. Sur le sens de ce mot, V. page 37, note 2. — Les deux éjiiires. Nous savons par les LcttreS'de J/°" de Graffigny, en visite alors à Cirey, que Voltaire, en 1738, composa ses discours en vers Sur l'Homme qui furent imprimés, cette même année, sous ce titre : E pitres sur le bonheur. La première de ces é|)itres roule «up VEgoUté des cnndit^niis ; la seconde sur la Liberté. C'est à ces deux iiièces qu'il est fait allusion ici.
4. Voltaire avait espéré que Desfontaines serait condamné et puni comme diffamateur; cet espoir fut trompé :
toutefois, le pamphlétaire fut contraint par le lieutenant de police de signer un désaveu et une rétractation de son libelle, la Voltairomame. Ce désaveu était ainsi rédigé : « Je déclare que je ne suis point l'auteur de ce libelle, et que je le désavoue en son entier, regardant comme calomnieux tout les faits qui sont imputés à M. de Voltaire, et que je me croirais déshonoré si j'avais eu la moindre part à cet écrit, ayant pour lui tous les sentiments d'estime dus à ses talents et que le public lui accorde si justement. Fait à Paris, ce 4 avril 1730. ■
LETTRE UV. — A M. DE LA NOUEi.
A Cirey, le 3 avril 17394
Votre belle tragédie, monsieur, est arrivée à Cirey, comme les Maupertuis et les Bernouilli ^ en partaient. Les grandes vérités nous quittent; mais à leur place les grands sentiments et de très beaux vers, qui valent bien des vérités, nous arrivent.
M™** la marquise du Ghâtelet a lu votre ouvrage avec autant de plaisir que le public l'a vu. Je joins mon suffrage au sien, quoiqu'il soit d'un bien moindre poids, et j'y ajoule mes remerciements du plaisir que vous me faites, et de la confiance que vous voulez bien avoir en moi.
Je crois que vous êtes le premier parmi les modernes qui ayez été à la fois acteur et auteur tragique ; car celui qui donna Hercule sous son nom n'en est pas l'auteur ; d'ailleurs, cet Hercule * est comme s'il n'avait point été. Ce double mérite n'a guère été connu que chez les anciens Grecs, chez cette nation heureuse de qui nous tenons tous les arts, qui savait récompenser et honorer tous les talents, et que nous n'estimons et n'imitons pas assez.
Je vous avoue, monsieur, que je sens un plaisir in-
1. Jean Sauvé, dit la Noue, né en 1701, mort en 1761, acteur et poète dramatique, avait fait jouer avec succès, le 23 février 1739, une tragédie intitulée Mahomet II, qui eut vingttrois représentations (Chateaubrun avait donné en 1714 une pièce sous ce morne titre). Eu 1740, Voltaire ayant été chargé par Frédéric 11 de lui composer une troupe pour Berlin, s'adressa à La Noue qui accepta; Taffaire n'eut point de suite, et l'acteur fut reçu à la Comédie- Française en 1749. ; il donna en 17ob la Coquette corrigée. C'est ce même La Noue qui, en 1741, joua sur le théâtre de Lille leàlahomet de Voltaire.
2. Maupertuis (v. page 78, note 1), était venu passer quatre jours à Cirey enjanvier 1739.— £emouz7/î. Il y a eu
LETTR. GH. DE VOLTAIRE
quatre savants mathématiciens de ce nom et de la même famille, à la un du dix-septième siècle et au commencement du siècle suivant. Celui dont il s'agit ici, le plus jeune, Daniel Bernouilli, né en 1700, mort en 1782, fut dix fois couronné par l'Académie des sciences de Paris. Aussi savant en physique qu'en mathématiques, il venait de publier à Strasbourg, en 1738, son Htjdrodynamique. Il se montra le digne émule de Clairaut, d'Euler, de d'Alembert, et se rallia aux théories de Newton que son père et ses oncles avaient combattues.
3. Tragédie donnée en 1C81 sous le nom de l'acteur la Thuillerie, et attribuée à l'abbé Abeille. Elle fut jouée quatorze fois de suite et imprimée en
croyable quand je vois clos vers de génie, des vers nobles, pleins d'harmonie et dn pensées; c'est un plaisir rare, mais je viens de le goûter avec transport.
Tranquille maintenant, l'amour qui le séduit Suspend son caractère, et ne l'a point détruit.
Sur les plus turbulents j';ii versé les faveurs;
A la fidélité réservant la disgrâce,
Mon adroite indulgence a caressé l'audace.