‹ Lettres choisiesChapitre 120 sur 456 · LETTRE LVI. — A M. L'ABBÉ IKIOUSSINOT · texte numérisé non relu

LETTRE LVI. — A M. L'ABBÉ IKIOUSSINOT

Ce 26 décembre 1739.

Eh bien, mon cher ami, vous avez donc employé les cent vieux louis; soit. Tout ce que vous faites est bien, et viditquod esset bonum; et est bonum d'avoir trois mille livres de rente de plus. Il faudra un peu pâtir, cette année 1740, mais aussi, si Dieu permet que je vive, je vivrai à mon aise.

J'ai lais-sé deux tasses de porcelaine montées avec leurs

1. Avant d'entrer en possession des biens que lui avait légués le marquis de Tricbateau, M""" du Châtelet dut soutenir en Flandre contre la maison de Honsbrouck un long procès qu'elle gagna, mais qui la força de revenir plusieurs fois dans ce pays et d'y séjourner.

2. Sur les embellissements de Cirey, V. page 76, note 1. a La chambre de la dame est boisée et peinte en vernis petit jaune, avec des cordons bleu pâle; le lit est en moire bleue, et tout est tellement assorti que, jusqu'au panier du chien, tout est jaune et bleu. Les glaces et cadres d'argent, tout est d'un brillant admirable. D'un côté de la niche est un petit boudoir : on est prêt à se mettre

à genoux en y entrant. Le lambris est bleu, et le plafond est peint et verni par un élève de Martm qu'ils ont ici depuis trois ans. Tous les petits panneaux sont remplis par des tableaux de Watteau... Non, il n'y a rien de si joli. » [Lettres de M"^' de Graffigny, 6 décembre 1738.)

3. Nom donné à la Chine, au moyen âge, surtout dans les romans de chevalerie.

4. Après un court voyage à Paris, exécuté vers la un de l'été et pendant l'automne, Voltaire était retourné en Flandre et avait regagné, en novem-.

bre, sa maison de la rue de la Grosso- Tour, à Bruxelles. C'est de là qu'il écrit à l'abbé Moussinot.

soucoupes chez M. le duc de Richelieu ^ Peut-être les aura-t-on laissées dans la chambre, et, en ce cas, vous pourrez les faire redemander par un billet à son concierge dans la maison du Temple 2; ou bien vous les avez, el, en ce cas, je vous supplie de me les envoyer par le coche ^. Je vous prie d'y joindre un énorme pot de pâte liquide, que vous enverrez prendre chez Provost, rue Saint-Antoine, et un très petit pot de pommade de concombre, belles commissions encore ! Quatre bouteilles d'esprit do vin, et puis c'est tout, et pardon. Je me tais et je vous embrasse *.

LETTRE LVll. — A Wl. LE MARQUiS D'ARGENSON».

A Bruxelles, le 26 janvier 1740.

Les infamies de tant de gens de lettres ne m'empêchent point du tout d'aimer la littérature. Je suis comme les vrais dévots, qui aiment toujours la religion, malgré les crimes des hypocrites. Je vous avoue que, si je suivais entièrement mon goût, je me livrerais tout entier à Y Histoire du Siècle de Louis XIV ^^ puisque le commencement ne vous en a pas déplu; mais je n'y travaillerai point tant que je serai à Bruxelles : il faut être à la source pour puiser ce dont j'ai besoin ; il faut vous consulter souvent.

1. A Paris, M°" du Cbàtelet était allée descendre' à l'hôtel de Richelieu; Voltaire logeait rue Cloche- Perce, à l'hôtel de Brie. — Le duc de Richelieu, l'un des plus fidèles protecteurs de Voltaire, était l'arrière petit-neveu de l'illustre cardinal. Né en 1696, il mourut en 1788. A l'époque où nous sommes, il venait d"étre nommé maréchal de camp, en récompense de sa belle conduite dans les sièges de Kehl et de Philippsbourg, mais il était surtout célèbre par ses galanteries et n'avait pas encore le grand crédit ni l'éclat qu'il eut un peu plus tard. 11 entra à l'Académie française en 17i0.

à vingt-quatre ans, bien qu'il sut à peine l'orthographe.

2. Emplacement de l'ancien monastère des Templiers où se trouvaient encore au dix-huitième siècle de superbes hôtels, et notamment celui du grand-prieur des Hospitaliers de Saint-

Jean de Jérusalem, c'est-à-dire de l'ordre do Malte (langue française).

Le Temple était un lieu d'asile pour les débiteurs insolvables et de franchise pour les ouvriers qui n'appartenaient pas aux maîtrises et aux jurandes. Déclaré propriété nationale en 1790, il a été détruit en 1854.

3. Le coche de Bruxelles. — Un coftlie était une voiture publique, ce qu'on a appelé depuis une diligence.

11 y avait les coches de terre et les coches d'eau. Les coches les mieux attelés s'appelaient coc/ics volants. — V. La Fontaine, 1. vu, F. 9

4. Extrait de la Correspondance authentique de Voltaire avec l'ahbé Moussinot. L. cxxxviii.) — Courtat, H87b), p. 203.

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